Abécédaire d’été et d’automne

Chers collègues,

Quelques pistes de lecture.

A comme American Society for Microbiology. Cette prestigieuse institution a décidé d’abandonner le facteur d’impact pour ses revues online (voir commentaires d’Hervé Maisonneuve ici).

B comme bureaucratie. Le choc de simplification administrative se révèle kafkaïen, car les bureaucrates ne lâchent jamais leur pouvoir mais cherchent plutôt à l’accroître, à l’hôpital comme aillleurs (voir ici).

C comme conflits d’intérêts. Un article du BMJ confirme le lien entre argent versé et prescriptions. Extrait : « Payments by the manufacturers of pharmaceuticals to physicians were associated with greater regional prescribing of marketed drugs among Medicare Part D beneficiaries. Payments to specialists and payments for speaker and consulting fees were predominantly associated with greater regional prescribing of marketed drugs than payments to non-specialists or payments for food and beverages, gifts, or educational materials. »

D comme dignité des soignants, thème d’une belle tribune d’Emmanuel Hirsch, écrite à la suite de cinq suicides de personnels soignants médiatisés cet été, pour combien d’autres qui ne l’ont pas été. Sur le même sujet, on peut lire une bonne enquête de Libération.

E comme économie. Deux économistes peu férus d’épistémologie comparent leur « science » aux sciences de la nature, notamment à la médecine, qui pratique les essais comparatifs. Il leur a été vertement répondu ici.

F comme fraude dans les labos, sujet du livre de Nicolas Chevassus-au-Louis, La Malscience.

G comme greffes du visage : une analyse critique des indications et des risques par notre collègue Laurent Lantieri à lire sur le site theconversation.com.

H comme harcèlement, sujet abordé le 4 octobre 2016 par le Dr Marie-France Hirigoyen, Me Christelle Mazza et le Frère Samuel Rouvillois, dans le cadre des Mardis des Bernardins et de Questions de Médecine aux Bernardins, à voir sur le site de France Culture.

I comme Ioannidis. Dénonçant depuis des années le gaspillage dans la recherche et une littérature médicale de piètre valeur (85 % de ce qui se publie ne vaut pas grand-chose, selon lui), dans un article récent, il s’attaque aux revues systématiques et méta-analyses. C’est une production de masse (« Annual publications between 1991 and 2014 increased 2,728% for systematic reviews and 2,635% for meta-analyses versus only 153% for all PubMed-indexed items. ») qu’il qualifie de redondante, trompeuse et sous influence en raison de conflits d’intérêts. C’est aussi une des raisons de la crise de l’Evidence Based Medicine, dont les bases sont fragilisées par cette inflation de mauvais articles « scientifiques ».

J comme junior doctors. La BBC annonce une nouvelle grève des jeunes médecins anglais, car Jeremy Hunt, le ministre de la santé, veut toujours leur imposer un contrat qu’ils n’acceptent pas.

K comme « Karoshi », c’est la mort due au surmenage professionnel, phénomène répandu au Japon, comme le rappelle un article du Monde.

L comme liberté d’expression. Elle est menacée sur les campus américains (voir ici), où elle se transforme parfois en obligation de se taire.

M comme méthamphétamine, la drogue qui a dopé l’armée allemande sous Hitler, lui-même polytoxicomane, selon l’enquête historique de Norman Ohler (voir ici).

N comme NHS. Rien ne va plus au NHS en raison du manque de moyens. Les injonctions sont tellement intenables qu’il faut renoncer à l’atteinte des objectifs. Les coupes budgétaires ont des conséquences dont on parle ouvertement (voir ici; extrait : « Demand for NHS services also continues to rise much faster than predicted: between April and June, A&E attendances and emergency hospital admissions were up by more than 6% compared with last year – three times the predicted increase. If funding fails to keep up with this demand, the challenge for the NHS grows year on year. These problems are now affecting the whole NHS. In the first three months, 94% of A&E departments missed the four-hour A&E standard. At the end of 2015-16, nearly two-thirds of trusts, and more than eight in 10 acute hospitals, were in deficit. It’s no surprise that cutting social care year after year has created major problems. Given the lack of capacity in community and mental health services, the number of patients waiting for a hospital discharge is now the highest it’s ever been. As a result, hospitals are being asked to routinely run at capacity levels that risk patient safety and would be unthinkable in France, Italy or Germany. Taken together this means the NHS is increasingly failing to do the job it wants to do, and the public needs it to do, through no fault of its own. »

O comme Obama. Le président des Etats-Unis est l’auteur d’un article sur la réforme du système de santé américain dans le JAMA. A noter ses liens d’intérêts déclarés avec beaucoup de détails. Sur l’Obamacare, on peut lire aussi le bilan et les perspectives tracées par J. Gruber pour le site politico.

P comme « public option », une alternative aux assurances : on en discute aux USA. En France, on propose que la sécurité sociale puisse aussi jouer le rôle des mutuelles : la population serait gagnante (voir ici la charte pour une santé solidaire).

Q comme qualités nécessaires pour être à la fois un bon médecin et un médecin bon, associer savoir scientifique et technique d’un côté, qualités humaines de l’autre. C’est l’objet du livre d’Abraham M. Nussbaum, The Finest Traditions of My Calling, One Physician’s Search for the Renewal of Medicine, recensé par la Los Angeles Review of Books. Extrait : « Something is ailing America’s doctors. On average, we’re growing more dissatisfied with our work, retiring earlier or choosing part-time schedules, and discouraging our kids from entering the profession; we’re also divorcing, becoming addicted to drugs and alcohol, and committing suicide at well above average rates. What’s more, our discontent is hurting our patients. Studies show that unhappy doctors provide inferior medical care, or opt out of the practice of medicine altogether, which contributes to an increasing shortage of physicians. In a recent interview, Dr. Vivek Murthy, the US Surgeon General, highlighted two current public health crises: the opioid epidemic — and physician burnout. […] The central point of Nussbaum’s book is that the tension in medicine between art and science — evident in Osler’s time and still strongly present in the 1990s, when Nussbaum became a physician — is at the heart of why patients today so often feel poorly cared for, and why doctors so often feel unfulfilled. An imbalance between science and humanism, and particularly an overreliance on classification and quantitation, has distracted physicians from the primary goal of our work: the relief of suffering. »

R comme réussite. Quelles sont les clés du succès des grandes entreprise ? The Economist esquisse des réponses. Extrait : « Every superstar company is a superstar in its own way. Great companies have distinctive cultures and traditions that are all their own and inhabit well-defined market niches. But they also share a set of common characteristics. The first is an obsession with talent. The only way to remain on top for any length of time is to hire the right people and turn them into loyal corporate warriors. […] The second obsession superstar firms share is with investing in their core skills. […] Remaining focused on the long term is difficult in a world where public companies are answerable to the stockmarket every quarter, and it turns out that a remarkable number of superstar companies have dominant owners who can resist the pressure for short-term results. […] Great companies combine a strong sense of identity with a fierce hostility to groupthink. […] Superstars do everything they can to remain agile despite their size. They fight a constant war against bureaucratic bloat, unnecessary complexity and overlong meetings. They often locate themselves in the latest tech hotspot in order to absorb its ideas and energy. »

S comme souffrance éthique des salariés. Le Monde décrit les parades trouvées par les salariés qui reçoivent des ordres contraires à leurs valeurs. Extrait : « D’autres, à bout, ont pu décider de donner ouvertement un coup d’arrêt à ces actions. « Ils estiment n’avoir plus rien à perdre et désobéissent donc aux règles internes », explique Mme Molinier. Les observateurs l’ont noté non sans étonnement : dans de nombreux cas, ces mutineries individuelles n’entraînent aucune réprobation de la part de la direction. Comme si la marge de manœuvre des salariés était plus large qu’ils ne le pensaient. Ou que leurs supérieurs n’assumaient pas jusqu’au bout ces injonctions. » Mutinons-nous !

T comme trou de la sécu. Le sapeur Camember creusait un deuxième trou pour y mettre la terre du premier. Ce n’était pas le trou de la sécurité sociale, que la ministre de la santé affirme avoir quasiment comblé (voir ici). La Cour des comptes ne croit pas au Père Noël et dit dans son rapport, pp. 3-4 : « Selon les prévisions de la commission des comptes de la sécurité sociale de juin dernier, le rythme de réduction des déficits marquerait le pas en 2016 (baisse de 1,6 Md€), sous l’effet d’une dégradation des hypothèses économiques (masse salariale, inflation) par rapport à celles de la loi de financement pour 2016. Encore ce montant intègre-t-il à ce stade, à hauteur de 0,7 Md€, l’effet positif d’une opération comptable très discutable, au bénéfice essentiellement de la branche maladie dont le déficit au lieu d’augmenter connaîtrait de ce fait une baisse. À défaut, le déficit se réduirait de 1 Md€ seulement en 2016, soit son rythme de réduction le plus faible depuis 2011. En fonction notamment d’hypothèses de forte accélération de l’évolution de la masse salariale entre 2016 et 2018, qui apparaissent d’autant plus incertaines que les prévisions, du même ordre dans le passé ont été régulièrement démenties par les faits, le déficit prévisionnel du régime général et du FSV décroîtrait régulièrement jusqu’en 2019 (-6,9 Md€ en 2017, -4,1 Md€ en 2018, -1 Md€ en 2019) et ne disparaîtrait totalement qu’en 2020. Cependant, il n’est pas exclu que les recettes connaissent en définitive en 2016 une évolution plus favorable (à hauteur de 1 à 2 Md€) que celle anticipée en juin dernier. Si tel était le cas, le déficit connaîtrait alors en 2016 une réduction analogue à celle de 2015, qui se répercuterait sur les soldes des exercices suivants. […]

Après 13 ans de hausse ininterrompue, la dette sociale a commencé à refluer en 2015, à hauteur de 2,1 Md€, pour s’établir à 156,4 Md€, compte non tenu cependant de la dette supportée par les régimes de retraites des mines et des exploitants agricoles (3,7 Md€ au total). Son reflux s’amplifierait au cours des années suivantes si les prévisions de déficit sur cette période sont confirmées en exécution. Cependant, le financement de cette dette n’est pas complètement consolidé. Si la dette déjà transférée à la caisse d’amortissement de la dette sociale (CADES) paraît en mesure de s’éteindre à son terme prévu de 2024, la trajectoire régulièrement différée de retour à l’équilibre des comptes sociaux conduirait à laisser à l’ACOSS entre 20 et 30 Md€ de déficits accumulés à fin 2019, dont 14 à 16 Md€ dès fin 2016. Cette dette est financée à court terme et dangereusement exposée au risque probable de remontée des taux d’intérêt. Son amortissement, comme celui des dettes des régimes de mines et des exploitants agricoles, doit ainsi être organisé sans retard. Alors que la capacité de reprise de dette par la CADES est désormais saturée, ce transfert devra obligatoirement être accompagné de l’affectation de ressources supplémentaires à cet organisme. Avant toute nouvelle augmentation de prélèvements, seraient d’abord à mobiliser à cet effet les réserves disponibles du fonds de réserve des retraites. Plus cette reprise tardera, plus les efforts à consentir seront lourds. »

U comme universités. La plupart des hauts fonctionnaires allemands ont un doctorat et sortent de l’université nous explique La Croix. Ont-ils le même humour que les énarques ?

V comme vie privée. Les données massives de santé sont-elles compatibles avec le respect de la vie privée et du secret médical. On peut en douter selon le site Contrepoints.

W comme workaholic. La santé des professeurs d’université du Québec se détériore. Les causes ne sont pas spécifiques à la Belle Province : trop de tâches, la pression à publier et la recherche de financements qui tend à supplanter la recherche tout court (voir ici. Extrait : « Yves Gingras et Chantal Leclerc déplorent le fait que les universités jugent trop souvent les professeurs selon leur capacité à obtenir du financement, plutôt que selon leur production savante. « Il est complètement absurde d’évaluer des chercheurs selon les subventions qu’ils ont reçues, d’autant plus que le taux de succès des demandes est très bas, car certains chercheurs dirigent des étudiants et publient des articles intéressants avec très peu de subventions », affirme Yves Gingras, avant d’ajouter que, « si les universités valorisent tant les chercheurs qui décrochent de grosses bourses, c’est parce que ces bourses leur permettent de recevoir du gouvernement de 15 à 20 % du montant en frais indirects, qui servent en principe à payer l’électricité, l’entretien des animaleries, etc. ». […] Le mode d’évaluation de la recherche peut aussi s’avérer anxiogène pour maints chercheurs, voire conduire à une perversion des méthodes de travail, soulignent les chercheurs. Pour obtenir des subventions de recherche, les professeurs sont évalués selon leur productivité : soit le nombre de subventions qu’ils ont reçues, le nombre d’étudiants qu’ils supervisent et qui ont gradué, le nombre d’articles qu’ils ont publiés, la réputation des revues dans lesquelles ces articles ont été publiés. « C’est une véritable quantophrénie » qui s’avère parfois inéquitable et qui peut conduire à certaines dérives, croit Mme Leclerc. « À cause de la pression de l’évaluation, il y a une tendance à privilégier la publication d’articles au détriment de livres, qui, dans certaines disciplines, sont pourtant beaucoup plus importants et nécessaires. De plus, cette pression pour publier toujours plus a entraîné une augmentation du nombre des cas de falsification et de fabrication de données, ainsi que des rétractations dans les revues scientifiques », indique M. Gingras. » ).

X comme monsieur X, celui qui veut rester anonyme et fait flouter son visage. Les progrès techniques permettent désormais de restituer le visage caché, selon le site Wired.

Y comme Ed Yong, qui explique dans The Atlantic pourquoi l’organisation de la production scientifique conduira inévitablement à continuer d’altérer les pratiques des chercheurs et la qualité de leurs résultats si aucun changement n’intervient.

Z comme Zigmund, le twitto qui a osé ceci pour résumer l’affaire Cahuzac :

cahuzac-croix-rouge

Amitiés et bon courage.

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