﻿{"id":295,"date":"2016-02-21T11:09:24","date_gmt":"2016-02-21T10:09:24","guid":{"rendered":"http:\/\/www.dernieresnouvellesdufront.com\/?p=295"},"modified":"2016-02-21T14:31:02","modified_gmt":"2016-02-21T13:31:02","slug":"harcelement","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.dernieresnouvellesdufront.com\/?p=295","title":{"rendered":"Harc\u00e8lement"},"content":{"rendered":"<p>Chers coll\u00e8gues,<\/p>\n<p>La souffrance au travail fait l&#8217;objet de nombreuses recherches et d&#8217;une attention croissante \u00e0 cause des drames qu&#8217;elle provoque et de la d\u00e9gradation du travail qu&#8217;elle entra\u00eene \u00e0 la fois pour ceux qui l&#8217;effectuent et pour ceux qui devraient en \u00eatre les b\u00e9n\u00e9ficiaires, \u00e0 l&#8217;h\u00f4pital les soignants et les malades. Cette maltraitance se d\u00e9veloppe sur une grande \u00e9chelle mais les dirigeants adoptent la politique de l&#8217;autruche face aux difficult\u00e9s psychiques de leurs salari\u00e9s, ou font illusion en mettant en \u0153uvre des plans de pr\u00e9vention cosm\u00e9tiques sans prise sur le r\u00e9el.<\/p>\n<p>C&#8217;est un ph\u00e9nom\u00e8ne qui prend de l&#8217;ampleur pour des raisons structurelles (Dominique M\u00e9da a pr\u00e9sent\u00e9 de fa\u00e7on synth\u00e9tique les probl\u00e9matiques actuelles du travail <a href=\"http:\/\/www.institutdiderot.fr\/author\/dominique-meda\/\">ici<\/a>). Les nouvelles formes d&#8217;organisation, le management par objectifs ou l&#8217;organisation par projet, les injonctions paradoxales (r\u00e9duction des effectifs et exigences de plus en plus \u00e9lev\u00e9es), l&#8217;accent mis sur la rentabilit\u00e9 imm\u00e9diate, la <a href=\"http:\/\/www.dernieresnouvellesdufront.com\/?p=108\">quantophr\u00e9nie<\/a> galopante sous la forme de <em>reporting<\/em> inutile et trompeur,\u00a0<a href=\"https:\/\/lectures.revues.org\/1271\">la pens\u00e9e PowerPoint<\/a>, la gestion bureaucratique des &#8220;<a href=\"http:\/\/business.lesechos.fr\/directions-ressources-humaines\/ressources-humaines\/harcelement-au-travail\/021687745476-enquete-sur-les-derives-du-lean-management-207240.php#xtor=RSS-24\">planneurs<\/a>&#8221; \u00a0en sont des causes bien connues. <!--more-->Plusieurs sp\u00e9cialistes de la souffrance au travail en font des analyses tr\u00e8s proches, qu&#8217;il s&#8217;agisse de Christophe Dejours, Yves Clot ou Vincent de Gaulejac (qui a cette formule : &#8220;On sait qu&#8217;on va dans le mur et on p\u00e9dale de plus en plus vite.&#8221;). Vous pourrez les entendre <a href=\"http:\/\/www.dailymotion.com\/video\/x2o4s09\">ici<\/a>, <a href=\"http:\/\/www.dailymotion.com\/video\/x2vxp4j_espace-de-travail-yves-clot_school\">ici<\/a> et <a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=TlMQgHAn7Bs&amp;feature=youtu.be\">l\u00e0<\/a>.<\/p>\n<p>Le <em>burn-out<\/em> ou \u00e9puisement professionnel est un trouble particulier, bien explor\u00e9 depuis plusieurs d\u00e9cennies et li\u00e9 en partie aux formes d&#8217;organisation et aux conditions de travail. Vous en trouverez une bonne pr\u00e9sentation par Marie Pez\u00e9 <a href=\"http:\/\/www.lemonde.fr\/emploi\/video\/2015\/05\/29\/comment-identifier-et-traiter-un-burn-out_4643391_1698637.html\">ici<\/a>. L&#8217;Acad\u00e9mie de m\u00e9decine vient de publier un rapport sur ce th\u00e8me (voir <a href=\"http:\/\/blog.santelog.com\/2016\/02\/17\/burn-out-une-maladie-de-societe-qui-reste-encore-a-definir-academie-nationale-de-medecine\/\">ici<\/a>), dont il faut souligner la prudence (voir <a href=\"http:\/\/francais.medscape.com\/voirarticle\/3602161\">ici<\/a> mon commentaire). Un <a href=\"http:\/\/www.france2.fr\/emissions\/infrarouge\/diffusions\/16-02-2016_458496\">reportage<\/a> sur ce m\u00eame sujet a \u00e9t\u00e9 diffus\u00e9 sur France 2 le 16 f\u00e9vrier dernier.<\/p>\n<p>Le harc\u00e8lement moral est la forme la plus grave de maltraitance. Cette notion, sa description et ses d\u00e9terminants ont fait l&#8217;objet d&#8217;un livre marquant de Marie-France Hirigoyen en 1998, <em>le Harc\u00e8lement moral : la violence perverse au quotidien<\/em>. A la suite de sa parution, le harc\u00e8lement moral a \u00e9t\u00e9 reconnu comme un d\u00e9lit, mais il reste trop rarement puni et beaucoup reste \u00e0 faire pour sa reconnaissance, m\u00eame dans des cas d&#8217;une grande \u00e9vidence. Les entreprises ou institutions dans lesquelles de tels agissements se d\u00e9veloppent se r\u00e9fugient souvent dans le d\u00e9ni, l&#8217;expression m\u00eame de harc\u00e8lement moral ayant du mal \u00e0 appara\u00eetre dans leur communication \u00e9dulcor\u00e9e qui pr\u00e9f\u00e8re parler de conflits ou all\u00e9guer la pr\u00e9tendue faiblesse morale des victimes. Marie-France Hirigoyen, Christiane Kreitlow et Christelle Mazza ont publi\u00e9 une tribune sur ce th\u00e8me dans <em>le Monde<\/em> dat\u00e9 du 15 f\u00e9vrier dernier intitul\u00e9e <a href=\"http:\/\/www.lemonde.fr\/idees\/article\/2016\/02\/15\/mieux-proteger-les-professionnels-de-sante-contre-la-destructivite-du-harcelement-moral_4865541_3232.html\">&#8220;Mieux prot\u00e9ger les professionnels de sant\u00e9 contre \u00ab la destructivit\u00e9 du harc\u00e8lement moral&#8221;<\/a> (extrait : <em>&#8220;Dans cette forme de violence grave, les troubles ne r\u00e9sultent pas uniquement de l\u2019agression elle-m\u00eame, mais surtout de la situation d\u2019impuissance dans laquelle les personnes cibl\u00e9es sont plac\u00e9es et qui est aggrav\u00e9e par le silence de la hi\u00e9rarchie. La n\u00e9gligence \u00e0 ne pas traiter le harc\u00e8lement moral conduit les victimes \u00e0 un sentiment de profonde injustice. L\u2019ostracisme \u2013 ou mise en quarantaine \u2013 vient menacer les besoins sociaux fondamentaux de tout individu, le maintien de l\u2019estime de soi, le sentiment de contr\u00f4le et le besoin de reconnaissance. (&#8230;) Reconna\u00eetre la r\u00e9alit\u00e9 des d\u00e9rives du management moderne ne doit pas d\u00e9douaner\u00a0l\u2019individu de toute responsabilit\u00e9. Il ne s\u2019agit pas de nier\u00a0la complexit\u00e9 des organisations et la violence du management moderne, mais il importe de rep\u00e9rer\u00a0la dimension individuelle de cette souffrance.&#8221;<\/em>).<\/p>\n<p>Un passage de <em>la Religieuse<\/em> de Diderot nous donne \u00e0 voir de l&#8217;int\u00e9rieur l&#8217;horreur du harc\u00e8lement moral. Tout y est d\u00e9crit dans une langue admirable, en particulier la perversit\u00e9 et les transgressions du harceleur, les man\u0153uvres d&#8217;isolement \u00e0 l&#8217;\u00e9gard du harcel\u00e9, les brimades, les calomnies, les humiliations, la malveillance (dont\u00a0le vol des cl\u00e9s), l&#8217;avilissement, l&#8217;abattement et le d\u00e9couragement apr\u00e8s une phase de r\u00e9sistance active, la tentation du suicide et l&#8217;espoir des harceleurs que ce dernier se produise.<\/p>\n<p>Voici ces pages d&#8217;une grande actualit\u00e9 si on sait les transposer \u00e0 d&#8217;autres univers que celui du couvent :<\/p>\n<p><em>&#8220;<\/em><em>Les sup\u00e9rieures \u00e0 Longchamp, ainsi que dans la plupart des maisons religieuses, changent de trois ans en trois ans. (&#8230;)<\/em><\/p>\n<p><em>Ce fut la s\u0153ur Sainte-Christine qui succ\u00e9da \u00e0 la m\u00e8re de Moni. Ah ! monsieur ! quelle diff\u00e9rence entre l\u2019une et l\u2019autre ! Je vous ai dit quelle femme c\u2019\u00e9tait que la premi\u00e8re. Celle-ci avait le caract\u00e8re petit, une t\u00eate \u00e9troite et brouill\u00e9e de superstitions ; elle donnait dans les opinions nouvelles ; elle conf\u00e9rait avec des sulpiciens, des j\u00e9suites. Elle prit en aversion toutes les favorites de celle qui l\u2019avait pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e : en un moment la maison fut pleine de troubles, de haines, de m\u00e9disances, d\u2019accusations, de calomnies et de pers\u00e9cutions : il fallut s\u2019expliquer sur des questions de th\u00e9ologie o\u00f9 nous n\u2019entendions rien, souscrire \u00e0 des formules, se plier \u00e0 des pratiques singuli\u00e8res. (&#8230;)<\/em><\/p>\n<p><em>Les favorites du r\u00e8gne ant\u00e9rieur ne sont jamais les favorites du r\u00e8gne qui suit. Je fus indiff\u00e9rente, pour ne rien dire de pis, \u00e0 la sup\u00e9rieure actuelle, par la raison que sa pr\u00e9c\u00e9dente m\u2019avait ch\u00e9rie ; mais je ne tardai pas \u00e0 empirer mon sort par des actions que vous appellerez ou imprudence, ou fermet\u00e9, selon le coup d\u2019\u0153il sous lequel vous les consid\u00e9rerez. <\/em><\/p>\n<p><em>La premi\u00e8re, ce fut de m\u2019abandonner \u00e0 toute la\u00a0<\/em><em>douleur que je ressentais de la perte de notre premi\u00e8re sup\u00e9rieure ; d\u2019en faire l\u2019\u00e9loge en toute circonstance ; d\u2019occasionner entre elle et celle qui nous gouvernait des comparaisons qui n\u2019\u00e9taient pas favorables \u00e0 celle-ci ; de peindre l\u2019\u00e9tat de la maison sous les ann\u00e9es pass\u00e9es ; de rappeler au souvenir la paix dont nous jouissions, l\u2019indulgence qu\u2019on avait pour nous, la nourriture tant spirituelle que temporelle qu\u2019on nous administrait alors, et d\u2019exalter les m\u0153urs, les sentiments, le caract\u00e8re de la s\u0153ur de Moni. La seconde, ce fut de jeter au feu le cilice, et de me d\u00e9faire de ma discipline ; de pr\u00eacher mes amies l\u00e0-dessus, et d\u2019en engager quelques-unes \u00e0 suivre mon exemple ; la troisi\u00e8me, de me pourvoir d\u2019un Ancien et d\u2019un Nouveau Testament ; la quatri\u00e8me, de rejeter tout parti, de m\u2019en tenir au titre de chr\u00e9tienne, sans accepter le nom de jans\u00e9niste ou de moliniste ; la cinqui\u00e8me, de me renfermer rigoureusement dans la r\u00e8gle de la maison, sans vouloir rien faire ni en del\u00e0 ni en de\u00e7\u00e0 ; cons\u00e9quemment, de ne me pr\u00eater \u00e0 aucune action sur\u00e9rogatoire, celles d\u2019obligation ne me paraissant d\u00e9j\u00e0 que trop dures ; de ne monter \u00e0 l\u2019orgue que les jours de f\u00eate ; de ne chanter que quand je serais de ch\u0153ur ; de ne plus souffrir qu\u2019on abus\u00e2t de ma complaisance et de mes talents, et qu\u2019on me m\u00eet \u00e0 tout et \u00e0 tous les jours. Je lus les constitutions, je les relus, je les savais par c\u0153ur ; si l\u2019on m\u2019ordonnait quelque chose, ou qui n\u2019y f\u00fbt pas exprim\u00e9 clairement, ou qui n\u2019y f\u00fbt pas, ou qui m\u2019y par\u00fbt contraire, je m\u2019y refusais fermement ; je prenais le livre, et je disais : \u00ab Voil\u00e0 les engagements que j\u2019ai pris, et je n\u2019en ai point pris d\u2019autres. \u00bb<\/em><\/p>\n<p><em>Mes discours en entra\u00een\u00e8rent quelques-unes. L\u2019autorit\u00e9 des ma\u00eetresses se trouva tr\u00e8s born\u00e9e ; elles ne pouvaient plus disposer de nous comme de leurs esclaves. Il ne se passait presque aucun jour sans quelque sc\u00e8ne d\u2019\u00e9clat. Dans les cas incertains, mes compagnes me consultaient : et j\u2019\u00e9tais toujours pour la r\u00e8gle contre le despotisme. J\u2019eus bient\u00f4t l\u2019air, et peut-\u00eatre un peu le jeu d\u2019une factieuse. Les grands vicaires de M. l\u2019archev\u00eaque \u00e9taient sans cesse appel\u00e9s ; je comparaissais, je me d\u00e9fendais, je d\u00e9fendais mes compagnes ; et il n\u2019est pas arriv\u00e9 une seule fois qu\u2019on m\u2019ait condamn\u00e9e, tant j\u2019avais d\u2019attention \u00e0 mettre la raison de mon c\u00f4t\u00e9: il \u00e9tait impossible de m\u2019attaquer du c\u00f4t\u00e9 de mes devoirs, je les remplissais avec scrupule. Quant aux petites gr\u00e2ces qu\u2019une sup\u00e9rieure est toujours libre d\u2019accorder ou de refuser, je n\u2019en demandais point. Je ne paraissais point au parloir ; et des visites, ne connaissant personne, je n\u2019en recevais point. Mais j\u2019avais br\u00fbl\u00e9 mon cilice et jet\u00e9 l\u00e0 ma discipline ; j\u2019avais conseill\u00e9 la m\u00eame chose \u00e0 d\u2019autres ; je ne voulais entendre parler jans\u00e9nisme, ni molinisme, ni en bien, ni en mal. Quand on me demandait si j\u2019\u00e9tais soumise \u00e0 la Constitution, je r\u00e9pondais que je l\u2019\u00e9tais \u00e0 l\u2019\u00c9glise ; si j\u2019acceptais la Bulle&#8230; que j\u2019acceptais l\u2019\u00c9vangile. On visita ma cellule ; on y d\u00e9couvrit l\u2019Ancien et le Nouveau Testament. Je m\u2019\u00e9tais \u00e9chapp\u00e9e en discours indiscrets sur l\u2019intimit\u00e9 suspecte de quelques-unes des favorites ; la sup\u00e9rieure avait des t\u00eate-\u00e0-t\u00eate longs et fr\u00e9quents avec un jeune eccl\u00e9siastique, et j\u2019en avais d\u00e9m\u00eal\u00e9 la raison et le pr\u00e9texte. Je n\u2019omis rien de ce qui pouvait me faire craindre, ha\u00efr, me perdre ; et j\u2019en vins \u00e0 bout. On ne se plaignit plus de moi aux sup\u00e9rieurs, mais on s\u2019occupa \u00e0 me rendre la vie dure. On d\u00e9fendit aux autres religieuses de m\u2019approcher; et bient\u00f4t je me trouvai seule ; j\u2019avais des amies en petit nombre : on se douta qu\u2019elles chercheraient \u00e0 se d\u00e9dommager \u00e0 la d\u00e9rob\u00e9e de la contrainte qu\u2019on leur imposait, et que, ne pouvant s\u2019entretenir de jour avec moi, elles me visiteraient la nuit ou \u00e0 des heures d\u00e9fendues ; on nous \u00e9pia : on me surprit, tant\u00f4t avec l\u2019une, tant\u00f4t avec une autre ; l\u2019on fit de cette imprudence tout ce qu\u2019on voulut, et j\u2019en fus ch\u00e2ti\u00e9e de la mani\u00e8re la plus inhumaine ; on me condamna des semaines enti\u00e8res \u00e0 passer l\u2019office \u00e0 genoux, s\u00e9par\u00e9e du reste, au milieu du ch\u0153ur ; \u00e0 vivre de pain et d\u2019eau ; \u00e0 demeurer enferm\u00e9e dans ma cellule ; \u00e0 satisfaire aux fonctions les plus viles de la maison. Celles qu\u2019on appelait mes complices n\u2019\u00e9taient gu\u00e8re mieux trait\u00e9es. Quand on ne pouvait me trouver en faute, on m\u2019en supposait ; on me donnait \u00e0 la fois des ordres incompatibles, et l\u2019on me punissait d\u2019y avoir manqu\u00e9 ; on avan\u00e7ait les heures des offices, des repas ; on d\u00e9rangeait \u00e0 mon insu toute la conduite claustrale, et avec l\u2019attention la plus grande, je me trouvais coupable tous les jours, et j\u2019\u00e9tais tous les jours punie. J\u2019ai du courage ; mais il n\u2019en est point qui tienne contre l\u2019abandon, la solitude et la pers\u00e9cution. Les choses en vinrent au point qu\u2019on se fit un jeu de me tourmenter; c\u2019\u00e9tait l\u2019amusement de cinquante personnes ligu\u00e9es. Il m\u2019est impossible d\u2019entrer dans tout le petit d\u00e9tail de ces m\u00e9chancet\u00e9s ; on m\u2019emp\u00eachait de dormir, de veiller, de prier. Un jour on me volait quelques parties de mon v\u00eatement ; une autre fois c\u2019\u00e9taient mes clefs ou mon br\u00e9viaire ; ma serrure se trouvait embarrass\u00e9e ; ou l\u2019on m\u2019emp\u00eachait de bien faire, ou l\u2019on d\u00e9rangeait les choses que j\u2019avais bien faites ; on me supposait des discours et des actions ; on me rendait responsable de tout, et ma vie \u00e9tait une suite de d\u00e9lits r\u00e9els ou simul\u00e9s, et de ch\u00e2timents. <\/em><\/p>\n<p><em>Ma sant\u00e9 ne tint point \u00e0 des \u00e9preuves si longues et si dures ; je tombai dans l\u2019abattement, le chagrin et la m\u00e9lancolie. J\u2019allais dans les commencements chercher de la force et de la r\u00e9signation au pied des autels, et j\u2019y en trouvais quelquefois. Je flottais entre la r\u00e9signation et le d\u00e9sespoir, tant\u00f4t me soumettant \u00e0 toute la rigueur de mon sort, tant\u00f4t pensant \u00e0 m\u2019en affranchir par des moyens violents. Il y avait au fond du jardin un puits profond ; combien de fois j\u2019y suis all\u00e9e ! combien j\u2019y ai regard\u00e9 de fois ! Il y avait \u00e0 c\u00f4t\u00e9 un banc de pierre ; combien de fois je m\u2019y suis assise, la t\u00eate appuy\u00e9e sur le bord de ce puits ! Combien de fois, dans le tumulte de mes id\u00e9es, me suis-je lev\u00e9e brusquement et r\u00e9solue \u00e0 finir mes peines ! Qu\u2019est-ce qui m\u2019a retenue ? Pourquoi pr\u00e9f\u00e9rais-je alors de pleurer, de crier \u00e0 haute voix, de fouler mon voile aux pieds, de m\u2019arracher les cheveux, et de me d\u00e9chirer le visage avec les ongles? Si c\u2019\u00e9tait Dieu qui m\u2019emp\u00eachait de me perdre, pourquoi ne pas arr\u00eater aussi tous ces autres mouvements ? <\/em><\/p>\n<p><em>Je vais vous dire une chose qui vous para\u00eetra fort \u00e9trange peut-\u00eatre, et qui n\u2019en est pas moins vraie, c\u2019est que je ne doute point que mes visites fr\u00e9quentes vers ce puits n\u2019aient \u00e9t\u00e9 remarqu\u00e9es, et que mes cruelles ennemies ne se soient flatt\u00e9es qu\u2019un jour j\u2019accomplirais un dessein qui bouillait au fond de mon c\u0153ur. Quand j\u2019allais de ce c\u00f4t\u00e9, on affectait de s\u2019en \u00e9loigner et de regarder ailleurs. Plusieurs fois j\u2019ai trouv\u00e9 la porte du jardin ouverte \u00e0 des heures o\u00f9 elle devait \u00eatre\u00a0<\/em><em>ferm\u00e9e, singuli\u00e8rement les jours o\u00f9 l\u2019on avait multipli\u00e9 sur moi les chagrins ; l\u2019on avait pouss\u00e9 \u00e0 bout la violence de mon caract\u00e8re, et l\u2019on me croyait l\u2019esprit ali\u00e9n\u00e9. Mais aussit\u00f4t que je crus avoir devin\u00e9 que ce moyen de sortir de la vie \u00e9tait pour ainsi dire offert \u00e0 mon d\u00e9sespoir, qu\u2019on me conduisait \u00e0 ce puits par la main, et que je le trouverais toujours pr\u00eat \u00e0 me recevoir, je ne m\u2019en souciai plus ; mon esprit se tourna vers d\u2019autres c\u00f4t\u00e9s ; je me tenais dans les corridors et mesurais la hauteur des fen\u00eatres; le soir, en me d\u00e9shabillant, j\u2019essayais, sans y penser, la force de mes jarreti\u00e8res; un autre jour, je refusais le manger ; je descendais au r\u00e9fectoire, et je restais le dos appuy\u00e9 contre la muraille, les mains pendantes \u00e0 mes c\u00f4t\u00e9s, les yeux ferm\u00e9s, et je ne touchais pas aux mets qu\u2019on avait servis devant moi ; je m\u2019oubliais si parfaitement dans cet \u00e9tat, que toutes les religieuses \u00e9taient sorties, et que je restais. On affectait alors de se retirer sans bruit, et l\u2019on me laissait l\u00e0 ; puis on me punissait d\u2019avoir manqu\u00e9 aux exercices. Que vous dirai-je ? on me d\u00e9go\u00fbta de presque tous les moyens de m\u2019\u00f4ter la vie, parce qu\u2019il me sembla que, loin de s\u2019y opposer, on me les pr\u00e9sentait. Nous ne voulons pas, apparemment, qu\u2019on nous pousse hors de ce monde, et peut-\u00eatre n\u2019y serais-je plus, si elles avaient fait semblant de m\u2019y retenir. Quand on s\u2019\u00f4te la vie, peut-\u00eatre cherche-t-on \u00e0 d\u00e9sesp\u00e9rer les autres, et la garde-t-on quand on croit les satisfaire ; ce sont des mouvements qui se passent bien subtilement en nous. En v\u00e9rit\u00e9, s\u2019il est possible que je me rappelle mon \u00e9tat, quand j\u2019\u00e9tais \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du puits, il me semble que je criais au-dedans de moi \u00e0 ces malheureuses qui s\u2019\u00e9loignaient pour favoriser un forfait : \u00ab Faites un pas de mon c\u00f4t\u00e9, montrez-moi le moindre d\u00e9sir de me sauver, accourez pour me retenir, et soyez s\u00fbres que vous arriverez trop tard. \u00bb En v\u00e9rit\u00e9, je ne vivais que parce qu\u2019elles souhaitaient ma mort. L\u2019acharnement \u00e0 tourmenter et \u00e0 perdre se lasse dans le monde ; il ne se lasse point dans les clo\u00eetres.&#8221;<\/em><\/p>\n<p>Amiti\u00e9s et bon courage.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Chers coll\u00e8gues, La souffrance au travail fait l&#8217;objet de nombreuses recherches et d&#8217;une attention croissante \u00e0 cause des drames qu&#8217;elle provoque et de la d\u00e9gradation du travail qu&#8217;elle entra\u00eene \u00e0 la fois pour ceux qui l&#8217;effectuent et pour ceux qui &hellip; <a href=\"https:\/\/www.dernieresnouvellesdufront.com\/?p=295\">Continuer la lecture <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[1],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.dernieresnouvellesdufront.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/295"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.dernieresnouvellesdufront.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.dernieresnouvellesdufront.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.dernieresnouvellesdufront.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.dernieresnouvellesdufront.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=295"}],"version-history":[{"count":8,"href":"https:\/\/www.dernieresnouvellesdufront.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/295\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":304,"href":"https:\/\/www.dernieresnouvellesdufront.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/295\/revisions\/304"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.dernieresnouvellesdufront.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=295"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.dernieresnouvellesdufront.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=295"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.dernieresnouvellesdufront.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=295"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}