En attendant demain

Chers collègues,

Demain 18 septembre 2018, le président de la République, puis la ministre des solidarités et de la santé, et celle de l’enseignement supérieur et de la recherche doivent présenter leur réforme de notre système de santé, de l’hôpital public et des centres hospitaliers et universitaires. La nécessité du changement s’impose, en raison principalement de l’échec des réformes antérieures. Le risque est d’en prolonger les effets négatifs en disant que nous n’avons pas poussé assez loin la logique de bureaucratie d’entreprise qui les as portées, au lieu de présenter un plan tirant les leçons de cet échec. La crise des ressources humaines et budgétaires est le facteur premier, devant les questions d’organisation et de contrôle.

En attendant, voici l’abécédaire d’été, non sans rapport avec ce que devraient être ou ne pas être les réformes à venir.

Altman (Doug)

Hervé Maisonneuve rend hommage sur son blog à ce statisticien anglais hors pair qui vient de mourir. Il avait publié en 1994 un article intitulé «The scandal of poor medical research», commençant ainsi : « We need less research, better research, and research done for the right reasons. »Vingt-quatre ans après, ce vœu est plus que jamais d’actualité.

Auto-citations

En Italie, une loi de 2010 a conditionné l’accès aux postes universitaires à des critères bibliométriques. Une étude récente a montré qu’il en est résulté notamment une augmentation significative des auto-citations dans les articles scientifiques, comme cela est décrit ici. (Extrait : « Seeber and his co-authors wanted to assess the impact of the legislation on academic behaviour. Their study, published in Research Policy in December 2017, analysed the self-citation practices of 886 Italian academics between 2002 and 2014. They observed a significant increase in self-citations after 2010 in fields that adopted the citation metrics: economic and managerial engineering, psychiatry and genetics.[…] Applied economics, the only discipline the authors examined that adopted the non-bibliometric approach, showed no corresponding rise in self-citations.»)

Un auteur australien a dû rétracter un article, car, comme nous le révèle le site Retraction Watch, sur 66 références, 60 étaient des autocitations (voir ici).

Bayes (Thomas)

Pour The Times Literary Supplement, qui en brosse le portrait, notre époque voit la revanche du Révérend Thomas Bayes (1701-1761) : « No sane recipe can ignore prior probabilities when telling you how to respond to evidence. Yes, a theory is disconfirmed if it makes the evidence unlikely and is supported if it doesn’t. But where that leaves us must also depend on how probable the theory was to start with. Thomas Bayes was the first to see this and to understand what it means for probability calculations. We should be grateful that the scientific world is finally taking his teaching to heart. »

Bullshit jobs

L’article fameux de David Graeber sur les jobs à la c… remonte à 2013. Il sort cette année un livre sur le même sujet dédié « à tous ceux qui préfèrent être utiles à quelque chose ». Le Figaro nous livre la typologie de ces emplois considérés comme inutiles.

Buurtzorg, entreprise libérée

Voici comment France Inter présente ce modèle de réussite : « Après 16 ans d’exercice, un infirmier a révolutionné les soins à domicile au Pays Bas. Il a remplacé le système bureaucratique ultra rationalisé pour privilégier la relation au malade. Aujourd’hui 70% des soins à domicile sont réalisés par son entreprise Buurtzorg. »

Certification

Le sociologue Christian Morel publie le troisième tome des Décisions absurdes. Dans un entretien avec l’Usine nouvelle, déplorant la multiplication nuisible des règles, il déclare : « Regardez ce qui se passe dans les hôpitaux : on réduit le personnel soignant mais on a tout le monde qu’il faut pour réaliser les certifications. C’est absurde on finit par avoir plus de ressources pour certifier que pour faire. »

Classement de Shanghai

Le classement de Shanghai classe surtout les universités en fonction de leurs moyens et de leur richesse, selon Olivier Berne (voir icison blog), si bien que la politique des fusions pour créer de grands ensembles n’est pas nécessairement la meilleure tactique pour progresser dans ce classement, si tant est que cela doivent être un objectif en soi.

Déficit des hôpitaux

La DREES vient de publier son rapport annuel sur les dépenses de santé́ et les résultats des comptes de la santé. Page 83, les graphiques sur les données financières des hôpitaux sont inquiétantes : le déficit se creuse pour atteindre près d’un milliard d’euros en 2017, et par voie de conséquence le taux d’endettement croît encore et les capacités d’investissement plongent.

Démissions médicales

Pour protester contre leurs conditions de travail et le délabrement de leur établissement, des médecins portugais ont démissionné en masse, comme le rapporte le site Décision Santé : « 52 médecins de l’hôpital de Vila Nova de Gaia dans le nord du Portugal ont démissionné mercredi 5 septembre afin de protester contre la dégradation de leurs conditions de travail et de l’établissement où ils exercent. La direction de l’hôpital n’a pas encore réagi. Le médecin chef de l’hôpital, Jose Moreira da Silva, s’est notamment plaint d’un hôpital qui tombe en ruines, avec par exemple une seule salle de bain pour 16 lits dans le service d’urologie. En plus de la dégradation des locaux, il manque du personnel et l’espace des locaux est insuffisant. Plusieurs autres médecins ont aussi menacé de démissionner par le passé. Le président de l’ordre des médecins a enfoncé le clou, qualifiant les conditions de travail des médecins de chaotiques. »

Dettes estudiantines

Les prêts auxquels doivent souscrire les étudiants américains pour financer leurs études sont un fardeau de plus en plus lourd (voir ici). C’est la raison principale ayant poussé les dirigeant de la New York Universityà supprimer les frais d’inscription pour ses étudiants en médecine (voir sur le site de NYU).

Équilibre de la sécurité sociale

Le déficit de la sécurité sociale n’est pas une fatalité. Selon le site chalenges.fr, qui reprend une dépêche de l’AFP du 5 juin 2018, « profitant d’une croissance meilleure que prévu, la Sécu sera “quasiment à l’équilibre” cette année, avec un déficit au plus bas depuis 2001, offrant des marges de manœuvre au gouvernement qui a accumulé les promesses dans le domaine social. Presque sortie du rouge, la Sécu reprend des couleurs. Après un déficit de 5,1 milliards d’euros en 2017, son solde sera “en nette amélioration” à moins de 300 millions en 2018, selon le rapport de la Commission des comptes de la Sécurité sociale publié mardi. »

Fraude

Le site Rédaction médicale cite une étude montrant que « plus de la moitié de 207 thésards allemands ont déclaré avoir utilisé des pratiques de recherche douteuses (et 3 % ont falsifié des données) ».

Si un de vos collaborateurs fraude, vous pouvez être aussi tenu pour responsable (voir ici).

Guérir ou prévenir

Les dangers de certaines politiques de prévention, sur France Inter, avec notamment Catherine Hill et Dominique Dupagne.

Houdart (Emmanuel)

La crise hospitalière décrite sans complaisance par notre collègue sur France culture.

Ig Nobel Prize

Le millésime 2018 est à la hauteur des précédents. En médecine les lauréats, Marc Mitchell and David Wartinger, ont préconisé les montagnes russes pour l’expulsion des calculs rénaux. (voir aussi ici)

Justice

Condamnation pénale définitive d’un hôpital pour harcèlement à la suite d’une décision de la Cour de cassation (voir ici la décision et son commentaire).

Koko

The New Yorker fait l’éloge funèbre de Koko, récemment disparue : « Koko, who died in her sleep this week, at forty-six, was known for her facility with American Sign Language, her emotional acuity, and her love of her pet kitten, All Ball. Koko was the world’s foremost celebrity gorilla.»

Lançon (Philippe)

Un des rescapés de l’attentat ayant endeuillé la rédaction de Charlie Hebdo, gravement blessé, raconte les soins dont il a bénéficié dans Le Lambeau. Sur France Inter, il rend hommage à l’hôpital public, au service de stomatologie et chirurgie maxillo-faciale de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière et à la chirurgienne qui l’a opéré à de multiples reprises, notre collègue Chloé Bertolus.

Maltraitance

La Commission nationale consultative des droits de l’homme a publié un avis intitulé « Agir contre les maltraitances dans le système de santé : une nécessité pour respecter les droits fondamentaux », assorti de 32 recommandations, dont, par exemple, celle-ci : « Donner les moyens de bien faire leur travail au personnel soignant en garantissant un taux adéquat d’encadrement dans les établissements de santé et en EPHAD, et en revalorisant les salaires des infirmiers et aides-soignants et en favorisant leur mobilité́ professionnelle. »

NHS

Theresa May a annoncé que le NHS verrai son budget augmenter de 20 milliards de livres sterling par an (voir ici). Un accord a été obtenu avec les organisations syndicales pour des hausses de salaires substantielle pour le personnel non médical (voir ici).

Une étudecompare les résultats du NHS à ceux des systèmes de santé de 18 pays de l’OCDE : beaucoup de données intéressantes qui concernent aussi notre pays.

Nihilisme médical

Dans son blog, Richard Smith commente le livre de Jacob Stegenga, philosophe, sur le nihilisme médical. Extrait : « As you would expect of a philosopher, Stegenga builds his case around three key arguments. The first is that the medical model or theory of targeting diseases with magic bullets is unhelpful. It emerged with the appearance of treatments like antibiotics and insulin, which in a world where there was no effective treatment for infections and people with type I diabetes would die would seem magical. But even with those treatments, we soon recognised that bacteria could develop resistance to the drugs, and that even though kept alive people with diabetes would develop complications. The magic bullet theory supposes that an effective treatment (the magic bullet) moves a patient from disease to health. But—as Stegenga makes clear—health, disease, and effectiveness are all disputed concepts. […] Stegenga’s second and third arguments will be familiar to readers of The BMJ: that contemporary research methods are “malleable” and that the medicine consistently underestimates harms (partly through having a narrow concept of what constitutes a harm) and fails to deal adequately with bias and fraud. »

Obamacare

The New York Times expose les 14 procédés adoptés par l’administration Trump pour miner l’Obamacare.

Obsession des réorganisations

Dans un point de vue dont le titre est « Constant structural reorganisation won’t improve or transform healthcare », David Oliver, gériatre, affirme : « NHS leaders and politicians seem to have an endless obsession with organisational restructuring. » Bien qu’il parle du NHS, on croirait parfois qu’il s’agit de notre pays :« We need to end our fixation with restructuring. On reviewing the evidence, respected health policy analysts and think tanks have concluded that structural reorganisation, new form hierarchies, or mergers are not the way to deliver service improvement, transformation, or sustainability. They rarely deliver the benefits imagined, especially in a complex adaptive system such as the NHS, where all change brings unintended and unforeseen consequences. It is the behaviours, values, and actions of local teams of clinicians and managers, in a conducive environment of adequate workforce numbers and resources, that matter most in delivering improvement or subverting change. Yet we still don’t learn. »

Prédiction et big data

Dans cet article du JAMA, Shah et coll. énumèrent les prérequis pour que l’utilisation des données massives aide à une prédiction utile et sans danger pour la pratique médicale. Leur conclusion :« With the wide availability of data and predictive analytics, developing prediction models has never been easier. Options for implementation increase with EHR availability. These developments under- score the need for rigorous studies that evaluate the effects of prediction models on health care decisions and patient outcomes, including cost and quality of care. Big data and predictive analytics have substantial potential to support better, more efficient care, and there have been notable re- cent advances, particularly in image analytics. However, the potential of prediction to influence decision making also implies the potential for harm, through the dissemination of misinformation at the point of care. This potential for harm from insufficiently validated models in a profit-driven market suggests the need for over- sight. The public demands such oversight for new medical technologies such as pharmaceuticals and devices. Physicians, too, are subject to licensing requirements and board certification. Although an inadequately prepared physician may make mistakes one patient at a time, a faulty algorithm could affect larger numbers of patients. An independent agency that certifies prediction models and approaches to deploy them into clinical practice could potentially ad- dress some of these challenges and may help ensure that predictive analytics deliver on their promise of better value and outcomes for individual patients and the entire health care system. »

Prestataires extérieurs

La Cour des comptes tire à boulet rouge sur le recours à des prestataires extérieurs par les Hôpitaux publics : « Résultats souvent peu satisfaisants au regard des prestations attendues. Régularité des marchés publics parfois incertaine. »

Quantophrénie

Le site en-attendant-nadeau recense le livre de Pablo Jensen, physicien, directeur de recherche au CNRS, qui explique pourquoi la mathématisation des faits sociaux est impossible.

Reagan

C’est à partir des années 1980, sous la présidence de Ronald Reagan, que les mesures de dérégulation ont favorisé l’envol des dépenses de santé aux États-Unis (voir ici).

Stakhanovisme

L’économiste Daniel Cohen vient de publier Il faut dire que les temps ont changé… Chronique (fiévreuse) d’une mutation qui inquiète. Interrogé par le Monde, il déclare : « Parce que nous sommes parvenus à ce que Jean Fourastié avait prévu dès 1948 dans Le Grand Espoir du XXe siècle : une société de services. L’objet qu’elle manipule n’est plus la terre ou la matière, mais l’homme lui-même. Et comme Fourastié l’avait parfaitement anticipé, une telle société a, par nature, beaucoup de mal à générer de la croissance. Si le bien que je produis est un service aux personnes âgées, aux malades, aux enfants que j’éduque, alors la croissance bute sur la finitude du temps que je peux leur consacrer. Pour en dégager, nous nous sommes lancés dans la chasse aux temps morts, à ce que l’économiste Philippe Askenazy appelle un nouveau stakhanovisme. Dans les années 1980, puis 1990, la reprise en main des entreprises par les actionnaires et la financiarisation de l’économie ont été à l’origine de cette nouvelle ère. »

Travail

The Washington Post publie les photographies de Lewis Hine, qui ont beaucoup fait pour que le travail des enfants soit interdit aux États-Unis.

Dans un blog abrité par Mediapart, on nous explique pourquoi l’étymologie du mot travail n’est pas celle que l’on donne habituellement, trepalium, qui signifie instrument de torture.

USA vs. OCDE

The Wall Street Journal publie 12 graphiques expliquant pourquoi les coûts de santé sont bien plus élevés aux USA que dans les autres pays développés.

Vitamine D

Michael Holick, le médecin américain ayant le plus fait pour que la vitamine D soit dosée chez tout le monde et qu’une supplémentation soit largement prescrite fait l’objet d’un article critique dans The New York Times, qui raconte les dessous de l’affaire.

Woese (Carl)

Ce généticien américain atypique a bouleversé nos conceptions de l’évolution des espèces. Son histoire est contée en détails dans The New York Times.

Yasinsky (Oleksii)

C’est le nom d’un informaticien ukrainien chargé de cybersécurité. Il a été en première ligne lors de la cyberattaque la plus importante connue à ce jour, NotPetya, qui a d’abord frappé l’Ukraine en avril 2017 avant de s’étendre à nombreux pays et dont les dommages ont été évalués à  10 milliards de dollars, comme l’affirme Wire.

 

Pour finir, consolons-nous en constatant que couper un spaghetti en deux est désormais possible grâce aux travaux de deux étudiants duMassachusetts Institute of Technology, mais cette opération nécessite un appareillage complexe montré ici.

Amitiés et bon courage, en attendant demain.

 

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