Abécédaire de bonne année

Chères et chers collègues,

En ce début d’année, un nouvel abécédaire consitué des pages relevées sur le web depuis mi-septembre, date des dernières dernières nouvelles du front.

Addiction aux écrans

Sur le site Wired, le rappel des mécanismes qui nous rendent prisonniers de notre smartphone et les moyens (d’essayer) de s’en guérir.

Analyse

A partir d’un même jeu de données, les résultats obtenus sont éminemment variables, comme le montre cette étude.

Atkins (Anna)

Les premières photographies scientifiques remontent à 1843 et sont dues à Anna Atkins (voir ici).

Bakken (Earl E.)

Voir ici la nécrologie d’Earl E. Bakken, inventeur du pacemaker et fondateur de la compagnie Medtronic.

Biais de citation

Sur le blog d’Hervé Maisonneuve, une infographie très parlante d’un des nombreux biais affectant la littérature médicale, le biais de citation.

Bibliothèques

Pour les amoureux des livres et des bibliothèques une magnifique série de photographies ici.

Bonheur

Où est-on le plus heureux, et que cela signifie-t-il selon les pays et les civilisations ? Helen Russel essaie de répondre à cette question dans le Guardian.

Bonne gestion

Gérer au mieux pour le plus grand nombre n’est pas un sujet nouveau. Cet article du Monde nous rappelle ceci : « Une historienne de la Rome antique, Moïra Crété, vient de montrer que lorsque les Romains inventent la « bene gesta », ils ne séparent pas efficacité et responsabilité citoyenne (« La “gestion” à l’époque romaine : naissance d’une catégorie de l’action collective », Entreprises et histoire n° 90, 2018). C’est à Cicéron que l’on doit la construction théorique de la « bonne gestion », la « bene gesta res publicae ». En pleine crise de la République romaine, il s’agissait de concevoir une action publique qui s’éloigne autant du diktat des élites que d’un populisme aveugle. Cicéron ne met pas seulement en avant les valeurs de l’esprit et de la connaissance dans l’action, il insiste surtout sur la justice, l’humanité, l’équité, l’intégrité et la bienveillance. »Nous avons besoin d’un nouveau Cicéron.

Burn-out

Cet article de Dorothée Duchemin décrit les difficultés psychologiques rencontrées par les internes, peu différentes de celles des autres médecins. La parole y est donnée au président de la conférence des doyens de faculté de médecine : « Selon Jean Sibilia, président de la Conférence des doyens de médecine et chef du service de rhumatologie au CHU de Strasbourg, « il n’y a jamais eu autant d’accompagnement pédagogique qu’aujourd’hui. La tendance est au travail en équipe ». Le chef de service reconnaît néanmoins que « le compagnonnage n’est visiblement pas suffisant par rapport à la pratique et à la demande actuelles. […] Les formateurs ont parfaitement compris qu’il y a un nombre non négligeable d’étudiants en difficulté, le compagnonnage ne suffit pas dans l’état et doit être accompagné ». Pour le médecin, la problématique principale est celle de la perte de sens du travail à l’hôpital. « Le système de soin ne répond plus à ce qu’on attend de lui. Il y a beaucoup trop de tâches administratives », tempête-t-il. « Les hôpitaux ont fait énormément d’économies sur les fonctions de support, comme les secrétariats. Ces fonctions ont en même temps explosé. Avant, on dictait un courrier, maintenant, on le tape. Ça prend un temps fou et c’est l’interne qui s’en charge », abonde Jean-Baptiste Bonnet, de l’Isni. »

Les auteurs de cet éditorial du JAMA s’interrogent sur la nature du burn-out. Qu’est-ce exactement, une maladie, un syndrome ? Quelle est sa validité diagnostique ? Extrait : «  The term burnout has taken on meaning far beyond what is understood about it as an actual diagnosis or even a syndrome. The medical profession has taken a self-reported complaint of unhappiness and dissatisfaction and turned it into a call for action on what is claimed to be a national epidemic that purportedly affects half to two-thirds of practicing physicians. The epidemiological imperative and the seemingly self-evident need to act are not based on any understanding of the true prevalence of a criterion-referenced diagnosis using measures validated in the physician population. »

Canis (Michel)

Ce chirurgien du CHU de Clermont-Ferrand a démissionné de ses fonctions de chef de service. Voir sur ce sujet l’article de La Montagne, et les explications du démissionnaire sur YouTube.

CHU

La Cour des comptes vient de publier un rapport sur les centre hospitaliers et universitaires, qui viennent de fêter leurs soixante ans. Elle insiste sur leur rôle toujours d’actualité, la réduction de leur marge de manœuvre budgétaire et préconise que les CHU s’organisent en réseau.

Le Pr Jean-Louis Touraine, professeur de médecine émérite et député du parti gouvernemental, déclare dans une tribune :« Chacun reconnaît aujourd’hui les grands progrès et le prestige renforcé du système hospitalier français depuis 1958, mais ceux-ci ne doivent pas cacher des faiblesses évidentes. En premier lieu, il existe un mal-être au travail des professionnels de santé et des directeurs, avec nombre de burn-out, de départs de médecins, d’infirmiers et d’aides-soignants ; on assiste ainsi à une multiplication des postes vacants, seulement pourvus de manière transitoire par des intérimaires. Aucune incitation à la mobilité n’est déployée pour les médecins. Le niveau de l’investissement est anormalement bas. La dégradation progressive de la qualité de vie au travail des personnels retentit, malgré leur dévouement, sur l’accueil et la prise en charge des malades. On note en particulier des difficultés croissantes à faire face aux diverses activités non programmées, telles les urgences, les prélèvements et les transplantations d’organes. Surtout, les modes de financement des hôpitaux se sont succédé mais n’ont jamais été totalement satisfaisants (prix de journée, budget global puis tarification à l’activité, laquelle a apporté des bienfaits mais se heurte actuellement à certaines dérives comme l’inflation des actes non pertinents, la course effrénée à l’activité et à la rentabilité, mal vécue par les professionnels comme par les malades). […] Mais, dans l’immédiat, comment pourrait-on, sans dommages irréversibles, se passer d’un nécessaire financement de l’activité quotidienne, actuellement en souffrance ? Des moyens nouveaux sont nécessaires pour faire face à des déficits majeurs dans beaucoup de CHU (405 millions d’euros, dont 199 pour la seule AP-HP en 2017). Ils sont aussi indispensables pour améliorer les conditions de travail de certains personnels, pour redonner de l’attractivité aux hôpitaux, pour insuffler à nouveau du dynamisme et de l’efficacité dans la recherche, y compris la recherche clinique. […] Les progrès médicaux et sanitaires continuent : nouvelles possibilités thérapeutiques, accroissement du taux de guérison de plusieurs cancers et de maladies cardiovasculaires, diminution des infections nosocomiales. Ne mettons pas cela en péril, entendons les souffrances exprimées par les personnels de la fonction publique hospitalière (nombreux dans les cortèges pacifiques de manifestants) et par les malades subissant les retards de prise en charge. Reprenons la marche en avant… et nos CHU resteront une référence pour de nombreux pays et un espoir de soins de la meilleure qualité possible pour nos patients. »

Cochrane

L’organisation célèbre pour ses revues systématiques connaît une période tourmentée après la révocation de Peter Gøtzsche, l’un de ses fondateurs. Le British Medical Journal fait le point sur une affaire qui va bien au delà d’une simple question de personnes. Extrait : « Tom Walley, who until recently made decisions on funding Cochrane in his role as a National Institute for Health Research (NIHR) director, agrees the organisation’s priorities need to change. “It has become a machine, churning out reviews,” he says. The NIHR is partly responsible for this: for years it evaluated Cochrane on how many reviews it produced rather than their impact. “Cochrane should focus less on quantity and more on methodologically high quality reviews in areas of importance to patients,” he advises. “It needs to be more iconoclastic, more challenging, and more of an advocate for evidence based medicine.” Tellingly, though, the pair disagree on how these improvements in quality are to be achieved. For Hammerstein and many of Gøtzsche’s supporters, Cochrane’s growing central executive and the tighter control it is exerting on the network’s activities, are antithetical to cutting edge science. Hammerstein argues that two opposing views are emerging within Cochrane: that of a collaboration “not afraid of publicly questioning some of the basic social, economic, and scientific premises of our current medical research model” set against a “centralised, functionalist, conformist, and conservative approach.” The leadership’s adoption of the centralised approach has isolated it “intellectually and professionally,” he maintains. »

Comparaison

Erica Rex nous raconte ici pourquoi elle est venue des États-Unis en France pour se soigner. Impressionnant.

Contrôle social

Et si tous les citoyens étaient notés. C’est ce qu’envisage très sérieusement le gouvernement chinois (voir ici et ).

Coût des médicaments

Les États-Unis détiennent le record pour les dépenses de santé, en particulier les médicaments, dont les prix ont triplé entre 1997 et 2007. Une série d’articles explique pourquoi (voir par exemple iciet ). Un autre décrit comment les fabricants de génériques manœuvrent et s’entendent pour garantir des prix élevés (voir ici).

Dépense publique

Il ne faut plus dire que la dépense publique absorbe plus de la moitié du produit intérieur brut, c’est-à-dire ce que nous produisons. L’économiste Francisco Vergara nous explique ici pourquoi. Extrait : « On n’a pas besoin d’être un Prix Nobel d’économie pour comprendre qu’en additionnant ce que les différents acteurs dépensent, on obtient un total beaucoup plus élevé que ce que le pays produit (le PIB), car on compte beaucoup de choses plusieurs fois. La dépense de Renault (en électricité et pneus), par exemple, a déjà été comptée partiellement dans la dépense d’EDF et de Michelin (en salaires et en caoutchouc). La dépense des municipalités en éclairage a déjà été comptée en tant que dépense en combustible et en entretien des centrales électriques par EDF ; la dépense en pain des ménages a déjà été comptée comme dépense en farine par les boulangers, etc. Ce qui est vrai pour les acteurs de l’économie l’est aussi pour les « cinq secteurs institutionnels » dans lesquels l’Insee classe ces acteurs. Ainsi, en 2017, la dépense du secteur des ménages (en nourriture, essence, loisirs, etc.) a été de 1 186,1 milliards d’euros tandis que celle du secteur des entreprises non financières (en salaires et consommations intermédiaires) a été de 2 411,2 milliards. Si on additionne les deux, on obtient un total de 3 597,3 milliards, somme qui dépasse les 2 291,7 milliards du PIB de 49 %. Si on ajoute la dépense du secteur des administrations publiques (1 292,3 milliards), on obtient plus du double de la production nationale… Et on n’a pas encore compté les dépenses des sociétés financières ni celles des associations ! »

Dossier patient informatisé

Philippe Ameline se livre ici à une attaque en règle contre le dossier médical partagé, qui vient d’être relancé. Il fait ce rappel : « Le DMP (le sigle peut représenter une multitude de choses, comme dossier médical personnel, ou partagé ou mal parti) que la CNAM-TS lance actuellement avec tambours et trompettes a déjà une longue histoire. Annoncé en mai 2004 par Philippe Douste-Blazy, sa généralisation était prévue en 2007, soit « dans les deux ans ». Nous verrons que cette notion de « généralisation dans deux ans » est une constante du DMP, et qu’elle n’est pas neutre dans ses échecs répétés. […] Le DMP 2018 est l’héritier direct du DMP qui devait être généralisé en 2007, après plusieurs cycles parfaitement reproductibles : annonce solennelle de généralisation sous deux ans, phase de réunionite intensive, phase de test où on rétribue des groupes de médecins, phase de lancement avec relations publiques intensive (sauver des vies, économiser des milliards, grandeur de la France grâce à un système que chaque français attend et que le monde entier nous enviera bientôt), constat de pauci-utilisation, arrivée d’un nouveau ministre, audit puis expulsions des incapables qui ont saboté un si beau projet, puis annonce solennelle de généralisation sous deux ans (donc d’un nouveau cycle à innovation nulle), etc. »

Au Royaume-Uni, après l’échec d’une première tentative, le NHSannonce la création d’un service permettant à chaque patient d’avoir accès à son dossier informatisé (voir ici).

Espérance de vie

L’espérance de vie à la naissance s’est beaucoup accrue au cours du 20esiècle dans la plupart des pays du monde (voir icison évolution entre 1960 et 2015). Elle est en train de régresser aux États-Unis ou de stagner au Royaume-Uni. En France, la progression se tasse.

Faillite

Pierre-André Juven explique dans Décision Santé pourquoi les services publics sont condamnés à la non-faillite. Extrait : « Lorsque l’on compare tous les terrains que nous avons rassemblés ; hôpitaux, universités, collectivités, État, un paradoxe apparaît inhérent et consubstantiel à cette politique de la faillite. Cet ensemble ne fonctionne pas comme les entreprises de droit privé. Et n’a pas les mêmes missions sociales, sociétales. Le service public assume un certain nombre de droits inscrits juridiquement. Il n’est pas possible de fermer des établissements en invoquant le seul prétexte financier. Cette idée de la faillibilité est donc complexe. On ne peut pas dire que l’État depuis quarante ans cherche à pousser les entreprises publiques au déficit pour ensuite privatiser. Il y a une politique publique de long terme qui cherche à sélectionner les meilleurs et à pousser au bord du gouffre les plus fragiles, les moins pertinents économiquement parlant. Pour autant, la faillite n’est pas prononcée. Les structures publiques sont contraintes de restructurer leur offre. Certaines activités sont alors transférées à l’hôpital voisin. L’échec, enfin n’est plus imputable à l’État. »

Cette concurrence souvent déloyale entre établissements est déplorée ici par notre collègue Yves Cohen à propos des différents hôpitaux de l’AP-HP : « Ce qui est terrible, c’est qu’en plus il y a une concurrence interne entre les hôpitaux parisiens, il n’y a même plus de solidarité. »

Fistule

Qui sait que le « God save the King » est lié à la fistule anale de Louis XIV ? Voir ici cet épisode des annales historiques.

Gayon (Jean)

Jean Gayon a été un des plus grands philosophes des sciences de ces dernières décennies. Il vient de nous quitter. Pascal Engel rend compte ici du livre posthume de Jean Gayon, écrit avec Victor Petit.

Girard (René)

Un des derniers géants de la pensée française célébré et expliqué par la New York Review of Books sous le titre de Prophète de l’envie.

Godeau (Pierre)

La disparition récente de Pierre Godeau a ému l’ensemble du corps médical tant l’éminent interniste tenait une place à part dans notre communauté. C’était un géant, autant par son savoir, que par son savoir être. L’ayant croisé, trop peu souvent, j’avais été marqué par son bon sens autant que par sa bienveillance, pour ne pas dire sa douceur, et par son allure incomparable, pleine de noblesse. Dans l’hommage qu’il lui rend sur son site, Jean-Yves Nau rapporte cette dénonciation par l’interniste du corsetage de la pratique médicale au moyen de statistiques, de réglementations et d’études contrôlées. Il rapporte ces paroles de notre regretté collègue : « On voudrait nous faire croire que la qualité d’un concert de piano tient à la qualité de l’instrument. Selon moi, ce qui compte avant tout, et ce qui comptera toujours, c’est la qualité du pianiste. »

Hadza

Ce peuple de Tanzanie a un secret très simple pour rester en bonne santé. Il est révélé ici.

Haine des écrans

Atul Gawande traite le sujet de la place des ordinateurs dans la pratique médicale dans son dernier article du New Yorker. Avec son talent habituel, il décrit les changements, pas toujours pour le mieux, conditionnés par l’irruption de ce nouveau personnage sur la scène clinique. Extraits :« But three years later I’ve come to feel that a system that promised to increase my mastery over my work has, instead, increased my work’s mastery over me. I’m not the only one. A 2016 study found that physicians spent about two hours doing computer work for every hour spent face to face with a patient—whatever the brand of medical software. In the examination room, physicians devoted half of their patient time facing the screen to do electronic tasks. And these tasks were spilling over after hours. The University of Wisconsin found that the average workday for its family physicians had grown to eleven and a half hours. The result has been epidemic levels of burnout among clinicians. Forty per cent screen positive for depression, and seven per cent report suicidal thinking—almost double the rate of the general working population. […]

As I observed more of my colleagues, I began to see the insidious ways that the software changed how people work together. They’d become more disconnected; less likely to see and help one another, and often less able to. Jessica Jacobs, a longtime office assistant in my practice—mid-forties, dedicated, with a smoker’s raspy voice—said that each new software system reduced her role and shifted more of her responsibilities onto the doctors. […]

Computerization also allows clinicians to help patients in ways that hadn’t been possible before. In one project, Partners is scanning records to identify people who have been on opioids for more than three months, in order to provide outreach and reduce the risk of overdose. Another effort has begun to identify patients who have been diagnosed with high-risk diseases like cancer but haven’t received prompt treatment. The ability to adjust protocols electronically has let Meyer’s team roll out changes far faster as new clinical evidence comes in. And the ability to pull up records from all hospitals that use the same software is driving real improvements in care. […]

Medicine is a complex adaptive system: it is made up of many interconnected, multilayered parts, and it is meant to evolve with time and changing conditions. Software is not. It is complex, but it does not adapt. That is the heart of the problem for its users, us humans. Adaptation requires two things: mutation and selection. Mutation produces variety and deviation; selection kills off the least functional mutations. Our old, craft-based, pre-computer system of professional practice—in medicine and in other fields—was all mutation and no selection. There was plenty of room for individuals to do things differently from the norm; everyone could be an innovator. But there was no real mechanism for weeding out bad ideas or practices. Computerization, by contrast, is all selection and no mutation. Leaders install a monolith, and the smallest changes require a committee decision, plus weeks of testing and debugging to make sure that fixing the daylight-saving-time problem, say, doesn’t wreck some other, distant part of the system. »

Homo economicus

Jean Tirole finit par le reconnaître, l’homoeconomicus, cette fiction sur laquelle reposait une grande partie de LA théorie économique, n’est plus (voir ici).

Hôpital public

La crise de l’hôpital public n’en finit plus d’occuper les colonnes des journaux. Citons par exemple Le Monde, Libérationqui publie la tribune de notre collègue Sophie Crozier, Le Quotidien du médecinqui relaie le cri d’alarme des présidents de commission médicale d’établissement des centre hospitaliers, et ici décrit la situation terrible de l’hôpital de Cherbourg.

Hors AMM

Un rapport de l’Académie de médecine sur les prescriptions hors AMM, qui représentent au moins un cinquième de l’ensemble des prescriptions.

Humour

Cate Watson et Ioannis Costas Batlle plaident pour l’utilisation de l’humour dans l’enseignement universitaire (voir ici). Ils ne parlent pas de l’humour involontaire, plus délicat à manier.

Inde

Le gouvernement indien se décide enfin à s’occuper sérieusement de l’assurance santé des Indiens, comme l’écrit The Economist. Extrait :« Only a third of Indians now have any medical insurance, and government spending on health, equivalent to a measly 1.1% of GDP, accounts for a low 25% of health spending. The government spends far less on health care than its counterparts elsewhere in the developing world (see chart). An analysis by Mint, a financial newspaper, suggests that every year some 36m families, or 14% of households, face an unexpected medical bill equal to the entire annual living expenses of one member of the family. All too often such surprise costs are enough to tip families into penury. Past government schemes have tried to tackle this problem, but with far lower limits on payouts. They have nonetheless been plagued by administrative troubles, understaffing and wide-scale fraud perpetrated by hospitals, insurance companies and patients themselves. Studies show that families who availed themselves of public insurance ended up spending more of their own funds on health than those with no coverage, partly because of follow-up costs such as medicines, but also because people felt less need to economise, and started treating conditions they would previously have just endured. Ayushman Bharat is intended to replace and vastly expand previous programmes. Proponents note potential benefits that go beyond reducing misery for the downtrodden. The scheme, they say, aptly reflects the reality that private care now dominates Indian medicine, yet it also seeks to pool risk so as to reduce insurance premiums and use the huge number of patients to drive down the cost of procedures. The creation of a new class of consumers should encourage the building of hospitals where they were previously uneconomic, especially in remote rural areas. »

Intelligence artificielle

L’intelligence artificielle fait fantasmer tous les futurologues et suscite de nombreuses prises de position. Retenons celle de l’astrophysicien anglais Martin Rees, dans un entretien paru dans The Economist : « However, I think the apocalyptic concerns about an AI “takeover” are based on over-optimism about how well a machine can cope with the “real world,” and also on a false analogy with Darwinian evolution, which favoured intelligence but also aggression. Machines can evolve via secular intelligent design without aggression. I think artificial intelligence will, for decades to come, be less of a worry than real stupidity. »

Yuval Noah Harari, essayiste et historien israëlien, dans un entretien paru dans le New York Times, déclare de son côté : « The goal of A.I. isn’t to be perfect, because you can always adjust the metrics. A.I. simply needs to do better than humans can do — which is usually not very hard. »

Internet

Beaucoup d’interventions sur internet sont le fait de robots se faisant passer pour des humains selon le site Intelligencer, qui conclut : « Years of metrics-driven growth, lucrative manipulative systems, and unregulated platform marketplaces, have created an environment where it makes more sense to be fake online — to be disingenuous and cynical, to lie and cheat, to misrepresent and distort — than it does to be real. Fixing that would require cultural and political reform in Silicon Valley and around the world, but it’s our only choice. Otherwise we’ll all end up on the bot internet of fake people, fake clicks, fake sites, and fake computers, where the only real thing is the ads. »

Beaucoup d’informations proposées par internet sont fausses. Les conséquences en sont souvent délétères pour la santé (voir ici).

Le Conseil de l’ordre des médecins diffuse un livre blanc sur la déontologie médicale sur le web, avec en exergue la déclaration suivante : « Nous souhaitons fortement rappeler que la fascination que l’on peut éprouver pour les avancées et les prouesses technologiques ne doit pas faire perdre de vue que toute activité́ médicale doit être soutenue par le principe éthique de bienfaisance. »

Juridictions

Comme les hôpitaux, les tribunaux connaissent une surcharge de travail nécessitant une augmentation des effectifs (voir ici).

Képi

Au Royaume-Uni, en raison de la crise sanitaire touchant la psychiatrie, c’est la police qui est sollicitée dans un nombre croissant de situation, rapporte le Guardian, se fondant sur une enquête officielle : « Overstretched police forces are having to “pick up the pieces of a broken mental health system” on top of tackling crime, the emergency services watchdog has found. More than half of all mental health patients who need help in a place of safety are taken there in a police car rather than an ambulance, according to Her Majesty’s Inspectorate of Constabulary, Fire and Rescue Services. The Metropolitan police (MPS), the UK’s largest force, deals with a mental health call once every four minutes, and sends an officer just to deal with mental health issues once every 12 minutes. Some health professionals are telling patients in need to call the police in order to beat long NHS waiting lists, the report said. The watchdog said police were being dragged away from their actual job because officers were making up for gaps left by medical experts as a “national crisis” blights mental health services.»

Lobbies

La National Rifle Association, le lobby des armes aux États-Unis, a été critiquée par les chirurgiens américains, que la NRAa prié de rester à leur place, ce qui a redoublé leur protestations (voir iciet ).

En France, le lobby de l’alcool célèbre comme une victoire la publication récente du plan de lutte contre les addictions (voir ici).

Au Royaume-Uni, ce même lobby a infiltré l’organisme public chargé de lutter contre l’alcool (voir ici).

Louhans

Dans cette ville de Saône-et-Loire vient d’ouvrir une clinique spécialisée accueillant des médecins victimes de souffrance psychique (voir ici).

Management

On ne peut pas dire que toutes les nouveautés managériales suscitent l’enthousiasme, qu’il s’agisse du lean management, des nouveaux espaces de travail, de la novlangue managériale, ou de l’implantation d’une puce sous la peau des employés. Certains parlent même d’un « ras-le-bol managérial ».

L’art de gouverner une entreprise a inspiré un livre à Pierre-Yves Gomez, recensé ici.

Médecine militaire

Quatre anciens plus hauts responsables du service de santé des États-Unis ayant exercé de 1990 à 2006 ont été réunis récemment. Ils ont pu exprimer combien leur tâche avait été rendue délicate en raison des interférences politiques (voir ici).

Mystères

Undiagnosed Diseases Networkse propose de résoudre les énigmes diagnostiques, avec un certain succès, si l’on en croit le New York Times.

NHS

Le système de santé du Royaume-Uni peine à surmonter ses difficultés, par exemple dans le traitement du cancer (voir ici).

Un plan à long terme vient d’être rendu public par le NHS. Il est évidemment plein de bonnes intentions. Le King’s Fund dans son commentaire se demande comment il pourra fonctionner sans changements majeurs : « Whether the plan can be delivered relies critically on tackling workforce shortages. While the plan recognises this, commitments to increase international recruitment depend on decisions about immigration policy and we will need to wait for solutions until a new workforce plan is published later this year.

The NHS and social care are two sides of the same coin, yet publication of the social care Green Paper has been delayed yet again. And while commitments for the NHS to do more promote public health are welcome, cuts to local government funding for public health services underline the need for a more consistent approach across government to the population’s health.

We strongly support the ambition to establish integrated care systems in every part of the country by 2021. The plan sends a welcome signal that NHS organisations need to work with local authorities and other partners to deliver improvements in the health of local populations.

In short, while today’s plan is a significant step forward, a number of questions remain unanswered. There should be no illusions about the scale of the challenge ahead. »

Numérique

Le Comité consultatif national d’éthique s’est penché sur les enjeux éthiques du numérique pour la santé. Son rapport commence ainsi : « Le rythme rapide de diffusion du numérique au sein de notre système de santé est un fait majeur, irréversible et appelé à prendre à l’avenir encore plus d’importance dans la réponse aux défis de santé publique. Les éléments disponibles montrent à quel point le numérique est une source d’avancées majeures pour le renforcement de la qualité et de l’efficience de notre système de santé. Les gains susceptibles d’être obtenus dans le domaine de l’enseignement et de la recherche sont également considérables. La mobilisation de ce potentiel n’en est qu’à son commencement. L’ampleur prévisible du déploiement de ces technologies appelle au renforcement de son accompagnement par une analyse en continu des enjeux éthiques associés à ces technologies et à leurs évolutions futures. »

Le King’s Fund a produit aussi un document destiné à anticiper les changements apportés par le numérique en santé.

OCDE

L’OCDE publie « Health at a glance : Europe 2018 », qui compare les différents système de santé européens. Une mine de chiffres et une référence incontournable.

Ordre et désordre

Les chercheurs sont en compétition… pour leur place dans la liste des auteurs d’un article scientifique. Voir ici quelques recommandations pour éviter les querelles.

Père Noël

Le numéro de Noël du British Medical Journalest un régal pour Hervé Maisonneuve, qui en rend compte sur son blog. On retiendra notamment une étude en double aveugle montrant que le parachute n’est guère utile (si l’essai est fait sur la terre ferme).

Population mondiale

Une page et des chiffres utiles sur le site ourworldindata.

Protéines

La structure tridimensionnelle des protéines beaucoup mieux prédite à partir de la structure plane par le programme AlphaFold de DeepMind (Google) que par des chercheurs, comme le montre les résultats d’un concours présentés ici.

Publier

Un regard philosophique sur cette manie de publier à tour de bras et d’être évalué sur des critères principalement quantitatif. Un article du South China Morning Postnous dit ce qu’il en est en Chine.

Qualité

Dans leur article du BMJ « Understanding organisational culture for healthcare quality improvement», Russell Mannion et Huw Davies distingue deux perspectives organisationnelles en vue d’améliorer la qualité : « These two perspectives take us down different routes of assessing and managing local healthcare cultures. The first emphasises the use of metrics to assess the prevalent organisational culture around a performance domain, such as patient safety. This approach assumes that a strong “safety culture” is associated with better outcomes for patients. Such measures may identify targets for managed change, and repeated measurement may be used to gauge progress against cultural objectives, with the hope that improvements in care will follow (for example, the Safety Attitude Questionnaire). Many such tools exist to assess different aspects of culture, although the science behind them is often weak and their reliability and validity are questionable.

The second view seeks to explore local cultural dynamics, often working through dialogue and perhaps using images and narratives rather than measurement instruments. This view is more modest about the potential for manager-led purposeful change but may still see cultural assessment as part of an overall influencing strategy (for example, the Manchester Patient Safety Framework).»

Quantophrénie

Corrélation n’est pas causalité, comme le soulignent les Décodeurs du Monde, en présentant leur générateur aléatoire de comparaisons absurdes.

Recherche

Bien financer la recherche est un investissement d’avenir. Pourtant, « la campagne annuelle de recrutement de chercheurs et chercheuses au CNRS est lancée ce mardi 4 décembre. Le nombre de recrutements proposés est en net recul : 250 postes au lieu de 300 lors des campagnes précédentes. L’année même où l’on entend célébrer les 80 ans du CNRS, c’est un bien funeste signal qui est adressé aux jeunes scientifiques, à la nation et au reste du monde sur l’importance accordée en France, aujourd’hui, à la recherche ; et le traitement réservé par le gouvernement aux universités et autres établissements de recherche n’est pas plus favorable », s’émeuvent dans une tribune les 45 présidentes et présidents des sections et commissions interdisciplinaires du Comité national de la recherche scientifique, instance d’évaluation attachée au CNRS, et des jurys d’admissibilité des concours CNRS.

Reconnaissance faciale

Dans Nature, un portrait de Doris Tsao, la chercheuse d’origine chinoise ayant trouvé comment le système nerveux central reconnaît les visages.

Rétractations

Le site Retractation Watch dispose d’une base de données pour retrouver facilement les articles ayant été rétractés et leurs auteurs (voir ici).

Piero Anversa y figure avec 41 rétractations. Il était célèbre pour ses travaux sur les cellules souches dans la régénération du tissu myocardique. Certains demandent l’arrêt de ce type de travaux (voir ici).

Retraite

Selon la DRESS, « un médecin libéral sur dix en activité cumule emploi et retraite ». Voir ici les commentaires de Jean-Yves Nau.

Rhétorique

Pierre Chiron réhabilite la rhétorique par opposition aux techniques de communication (voir ici).

Santé connectée

Les cardiologues américains, mais ils ne sont certainement pas les seuls, mettent en garde contre les mesures obtenues par les appareils de santé connectée, notamment la nouvelle Apple Watch (voir ici).

Santé mentale

Il y a quelque chose qui ne va plus dans la prise en charge des malades mentaux, en France (1,2), au Royaume-Uni (3,4) et aux États-Unis (5). Faut-il rouvrir les asiles ? se demande David Oshinsky dans la New York Review of Books à partir de l’analyse de quatre livres sur la psychiatrie américaine.

Soukhareva (Grounia)

Jean Vinçot rappelle ici le travail pionner de Grounia Soukharova, la première à décrire l’autisme.

Travail

Le site juritravail précise les obligations de l’employeur en matière de santé et sécurité de ses employés : obligation de prévention et de réaction.

Universités

Alors que les grosses universités grossissent encore pour bien figurer dans le classement de Shanghai, les petites résistent et sont appréciées des étudiants (voir ici).

Vie privée

L’anonymat existe-t-il encore à l’heure de la génomique ? La réponse est négative, comme le montre cet article de Science, commenté ici et .

Violences scolaires

Dans the conversation, Bérangère Stassin se demande où commence la violence et le harcèlement à l’école.

Wombat

Une énigme scientifique enfin résolue (voir ici).

Wiley (Harvey Washington)

Dans son livre The Poison Squad, sous-titré One Chemist’s Single-Minded Crusade for Food Safety at the Turn of the Twentieth Century, Deborah Blum révèle le rôle majeur de Harvey Washington Wiley dans le contrôle de la qualité de l’alimentation.Extrait de la recension de ce livre dans le New York Times : « The deliberate adulteration of food had been a problem for millenniums, inspiring government regulations in ancient Egypt, Sumeria and Rome. By the late 1870s, the Industrial Revolution, applied to food processing, provided a variety of new techniques and ingredients useful for committing fraud — artificial flavors, artificial colorings, chemical preservatives. But simultaneous advances in chemistry also facilitated the detection of such fakery. At the request of the Indiana State Board of Health in 1881, Wiley began to study the authenticity of the honey and maple syrup for sale in that state. According to Blum, he used laboratory instruments like the polariscope to uncover that “a full 90 percent of his syrup samples were fakes … and there were ‘beekeepers’ who had not, of late, been bothering to keep bees.” Wiley’s findings soon appeared in Popular Science magazine, and his career as a public crusader was launched. »

Yoda

Le New York Times fait le portrait de Donald Knuth, surnommé le Yoda de la Silicon Valley en raison de sa ressemblance physique avec ce personnage de Star Wars. Extrait : « He is the author of “The Art of Computer Programming,” a continuing four-volume opus that is his life’s work. The first volume debuted in 1968, and the collected volumes (sold as a boxed set for about $250) were included by American Scientist in 2013 on its list of books that shaped the last century of science — alongside a special edition of “The Autobiography of Charles Darwin,” Tom Wolfe’s “The Right Stuff,” Rachel Carson’s “Silent Spring” and monographs by Albert Einstein, John von Neumann and Richard Feynman. »

Zuckerberg (Mark)

Pour Evans Osnos, dans le New Yorker, le créateur de Facebook fait courir de grands risques à la démocratie, comme on a pu le voir en 2018 avec les différents scandales dont ce site a fait l’objet. Extrait :« If Facebook were a country, it would have the largest population on earth. More than 2.2 billion people, about a third of humanity, log in at least once a month. Fourteen years after it was founded, in Zuckerberg’s dorm room, Facebook has as many adherents as Christianity. […] Zuckerberg is now at the center of a full-fledged debate about the moral character of Silicon Valley and the conscience of its leaders. Leslie Berlin, a historian of technology at Stanford, told me, “For a long time, Silicon Valley enjoyed an unencumbered embrace in America. And now everyone says, Is this a trick? And the question Mark Zuckerberg is dealing with is: Should my company be the arbiter of truth and decency for two billion people? Nobody in the history of technology has dealt with that. »

Amitiés et bon courage, avec mes meilleurs vœux pour cette nouvelle année.

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