Abécédaire pré-, per- et postélectoral

Chers collègues,

L’actualité de ces dernières semaines de A à Z.

Allemagne

The Lancet publie un article sur l’évolution du système de santé allemand, depuis sa création par Bismarck en 1883 jusqu’à aujourd’hui. Trois caractéristiques : solidarité, autonomie, concurrence.

Austérité

Même certains Conservateurs d’outre-Manche le reconnaissent : les salaires sont trop faibles dans le National Health Service, selon The Telegraph. Le chef de la British Medical Association lance un cri d’alarme sur le manque de moyen du NHS, selon la BBC.

Baumol

William Baumol, l’économiste qui a expliqué pourquoi les dépenses de santé ne peuvent qu’augmenter, vient de mourir. Sa nécrologie dans Vox.

Burnout

Les solutions de la Mayo Clinic pour lutter contre le burnout des médecins : beaucoup de bonnes idées mais il faudrait du temps pour les acclimater à l’organisation napoléonienne qui prévaut chez nous.

A lire aussi la lettre de départ d’une interniste canadienne qui quitte l’hôpital en disant notamment : « La « performance » des médecins est devenue le nouveau paradigme, la valeur ultime prônée par les administrateurs et relayée par les médias. On nous pousse à voir toujours plus de patients plus rapidement. L’important, c’est l’amélioration des statistiques à présenter au ministre omnipotent. Mes collègues sont démoralisés, impuissants et épuisés, tout comme l’ensemble du personnel soignant. Je pars, et je suis ébranlée par le désarroi de tous ces gens avec qui j’ai travaillé et tissé des liens d’amitié, peinée de constater que tout ce qu’on a construit ensemble puisse être fragilisé à ce point, en si peu de temps. Mais force est d’admettre que c’est un bon moment pour partir. » Continuer la lecture

Une saison en twitter

Chers collègues,

Les oiseaux gazouillent aussi en hiver. Voici ce que j’ai entendu.

21 décembre

Notre collègue François Delfraissy, nouveau président du comité consultatif national d’éthique s’exprime dans le Figaro.

23 décembre 2016

François Roustang vient de nous quitter. Ecoutons-le sur France Culture.

CInq diagrammes montrant les progrès globaux de l’humanité en matière de niveau de vie, de santé, d’éducation sur le site Vox.

26 décembre

François Bon commente sur son blog la fermeture de la légendaire librairie Corti, rue de Médicis, dans le 6e arrondissement de Paris.

Pendant ce temps, la DGS nous offre une nouvelle perle de la bureaucratie sanitaire dans une de ses inénarrables recommandations : « Nous vous demandons donc une vigilance particulière lors de vos consultations. Il est recommandé de ne réorienter vos patients vers les urgences que dans les cas le nécessitant. » Cela ne va pas aussi loin que cette secrétaire d’Etat chargée de la santé recommandant aux sans-abris de rester chez eux lors d’une vague de grand froid. Continuer la lecture

En soutien à Sabrina Ali Benali : les faits, seulement les faits

Chers collègues,

Dans une vidéo postée sur son site Facebook le 11 janvier, que l’on peut trouver aussi sur YouTube, une interne en médecine générale, Sabrina Ali Benali, parle de la déshumanisation des soins et des difficultés à trouver des lits en aval des urgences hospitalières, en interpelant madame Marisol Touraine, ministre des affaires sociales et de la santé. Cette vidéo a eu un retentissement considérable, a été vue plusieurs millions de fois, plus de onze millions à ce jour, et a suscité plus de dix mille commentaires.

Sabrina Ali Benali a été invitée le 17 janvier par C8 (à partir de 59′) et TMC, le 18 janvier par France Inter. Elle a alors été présentée comme interne à l’AP-HP ou interne au sein de l’AP-HP.

Plutôt que de répondre sur le fond, la direction générale de l’Assistance publique – hôpitaux de Paris et le ministère des affaires sociales et de la santé ont cherché à discréditer Sabrina Ali Benali. Cela a commencé sur France Inter par des déclarations du directeur général de l’AP-HP au cours de l’émission « Le téléphone sonne » du 18 janvier (à partir de 31′ 45). Il s’est dit « choqué », a précisé que l’interne « a été présentée ou s’était laissé présenter comme interne de l’AP-HP », alors qu’elle n’était pas actuellement en stage dans un hôpital de l’AP-HP, où elle est « de temps en temps ». Il ajoute : « Pour défendre l’hôpital public, il n’y a pas besoin d’inventer ou de mettre en scène des difficultés. » Continuer la lecture

Eviterons-nous la soviétisation intégrale de notre système de santé ?

La tribune de Martin Hirsch et Didier Tabuteau propose un projet qui mérite considération, mais la façon cavalière dont il est présenté laisse perplexe.

Didier Tabuteau avait été à l’origine de la charte pour une santé solidaire, que j’avais signée, comme beaucoup d’autres. L’assurance maladie comme complémentaire y était présentée comme une option (c’était le point 11 « Liberté de choix de la Sécurité sociale pour la protection complémentaire ») : la voici devenue obligatoire, ce qui revient à une étatisation de l’assurance maladie, qui d’universelle (universelle signifie qu’elle s’applique à tous) devient intégrale, mot plus approprié à la proposition d’un remboursement à 100 % des soins. La charte précisait dans son point 10 « Sécurité sociale finançant au moins à 80 % les soins pris en charge par la solidarité et à 100 % au-delà d’un plafond en cas de dépenses élevées restant à la charge du malade ». Nous voilà à 100 %. Continuer la lecture

Abécédaire de fêtes

Chers collègues,

Voici ce que l’on peut récolter au pied du sapin.

A comme accès aux données de santé

Le trésor de données détenues par la CNAM devrait être enfin plus facilement accessible, notamment aux chercheurs (voir ici). Un premier décret vient de paraître, le second est en attente.

B comme Brexit

Pendant la campagne électorale, les partisans du Brexit avaient promis qu’une sortie de l’Union européenne permettrait de mieux financer le NHS, promesse trahie dès le lendemain du vote. Elle revient sur le devant de la scène avec le député conservateur Michael Gove The Guardian.

C comme code génétique

Le Monde expose les théories de Jean-Jacques Kupiec selon lesquelles les gènes codent mais ne programment pas, avec un début de validation expérimentale d’un modèle darwinien de sélection des produits des gènes. Continuer la lecture

Pour un dialogue et une réflexion collective

Chers collègues,

Madame Clara de Bort m’a demandé de répondre à trois questions pour son blog Directeurs et directrices d’hôpital. Voici le contenu de cet entretien.

« Bernard Granger est professeur de psychiatrie à l’université Paris Descartes et dirige l’unité de psychiatrie ambulatoire de l’hôpital Tarnier (Assistance publique – hôpitaux de Paris). Investi de nombreuses responsabilités représentatives et syndicales, il s’exprime ici à titre personnel.

  1. Pouvez vous nous décrire la nature des relations que vous avez dans votre métier avec des DH ? (en tant que médecin, en tant que responsable d’unité, en tant que membre de la CME)  

Il est certain que le rôle de DH s’est accru depuis l’époque où j’étudiais la médecine à Bordeaux, avant de venir à Paris en 1983 pour accomplir l’internat des hôpitaux et poursuivre ma carrière. Je serais incapable de vous dire qui étaient les directeurs des hôpitaux bordelais dans les années 1976-1983: cela n’avait pour nous aucune importance et nous avions une idée très vague du rôle de l’administration hospitalière. C’est sans doute dommage, car une information reçue sur ce point dès le début des études aurait son intérêt. Continuer la lecture

Pour la sécurité sociale

Chers collègues, chers amis,

La sécurité sociale, un des piliers de notre société, est menacée. Un candidat à la prochaine élection présidentielle envisage de laisser une plus large place aux compagnies d’assurances et aux mutuelles dans la couverture des risques liés à la maladie. Il devrait revenir aux racines sociales de son engagement politique et abandonner ce projet, comme certains dans son propre camp le lui demandent.

Au-delà de ce cas particulier, si les modalités de financement de la protection sociale méritent un débat, ses principes doivent être préservés pour une simple question de justice, de solidarité et de cohésion.

Des nombreuses personnalités et de nombreux soignants ont déjà signé le texte suivant :

« POUR LA SECURITE SOCIALE

Les soussignés  tiennent à manifester leur attachement à la Sécurité sociale, moyen le plus juste et le plus efficient pour  un système de santé  solidaire,  seul à même de garantir l’égalité de toutes et de tous  face à la maladie.

Pour maintenir la solidarité entre les bien portants et les malades, entre les plus jeunes et les plus vieux,  entre  les personnes ayant des niveaux de revenus différents,  la Sécurité sociale doit continuer à rembourser non seulement les affections graves et les maladies de longue durée mais aussi les soins courants, préventifs et curatifs , dès lors qu’ils sont justifiés et que les traitements  prescrits  ont une efficacité démontrée. 

Les économies doivent être faites sur les traitements inefficaces,  les prescriptions injustifiées  et les hospitalisations évitables (soit plus de 20% des  dépenses),  sur le prix parfois exorbitant et non justifiable des médicaments  et dispositifs médicaux nouveaux, sur le coût de la gestion du système de santé (les frais de gestion des mutuelles et compagnies d’assurances représentent 20% de leur  chiffre d’affaires contre 6% pour la Sécurité sociale). La prévention doit être développée.

Nous demandons au futur président  de la République de garantir pour le prochain quinquennat  le niveau actuel de remboursement  des soins par la Sécurité sociale. »

Cette pétition est accessible à l’adresse suivante : http://bit.ly/2gPkSXP

Signez et faites signer ce texte par le plus grand nombre.

Amitiés.

De quoi sera fait demain ?

Chers collègues,

Vous trouverez ici l’article du Parisien de ce jour sur la carte de France de la maltraitance et du harcèlement dans les hôpitaux publics français, partie émergée de l’iceberg. Au passage, précisons que, contrairement à ce que prétendent la directrice et le président de la CME de l’hôpital d’Amiens, plusieurs autres cas signalés dans ce CHU ont fait ou font l’objet de procédures, dont certaines ont été gagnées par les victimes, ce que ces deux hauts responsables ne peuvent pas ignorer.

Les questions de santé font enfin irruption dans la campagne électorale. Notre collègue André Grimaldi passe au banc d’essai le programme des deux finalistes de la primaire de la droite et du centre : il n’y a pas photo (voir ici). Continuer la lecture

Abécédaire d’été et d’automne

Chers collègues,

Quelques pistes de lecture.

A comme American Society for Microbiology. Cette prestigieuse institution a décidé d’abandonner le facteur d’impact pour ses revues online (voir commentaires d’Hervé Maisonneuve ici).

B comme bureaucratie. Le choc de simplification administrative se révèle kafkaïen, car les bureaucrates ne lâchent jamais leur pouvoir mais cherchent plutôt à l’accroître, à l’hôpital comme aillleurs (voir ici).

C comme conflits d’intérêts. Un article du BMJ confirme le lien entre argent versé et prescriptions. Extrait : « Payments by the manufacturers of pharmaceuticals to physicians were associated with greater regional prescribing of marketed drugs among Medicare Part D beneficiaries. Payments to specialists and payments for speaker and consulting fees were predominantly associated with greater regional prescribing of marketed drugs than payments to non-specialists or payments for food and beverages, gifts, or educational materials. »

D comme dignité des soignants, thème d’une belle tribune d’Emmanuel Hirsch, écrite à la suite de cinq suicides de personnels soignants médiatisés cet été, pour combien d’autres qui ne l’ont pas été. Sur le même sujet, on peut lire une bonne enquête de Libération. Continuer la lecture

La lettre du chef de l’Igas sur l’affaire Jean-Louis Mégnien

Chers collègues,

La lettre du chef de L’Inspection générale des affaires sociales accessible ici explique les vraies raisons de la non-publication du rapport sur le suicide de J.-L. Mégnien, comme le communiqué de l’association Jean-Louis Mégnien du 17 septembre 2016 l’affirmait (voir communiqué ci-dessous). Pierre Boissier cite l’article L311-6 du code des relations entre le public et l’administration pour se justifier.

Le chef de l’Igas écrit à la ministre des affaires sociales et de la santé que ce rapport met en cause les « instances hospitalo-universitaires qui ont gérés le conflit » et détecte des « lacunes ». Il précise que « les lacunes relevées par la mission la conduisent à porter des critiques sur le comportement professionnel et personnel d’un grand nombre de personnes et à émettre à leurs propos des jugements de valeur dont la révélation publique serait de nature à leur porter préjudice » (c’est moi qui souligne). Il précise que le magistrat instructeur (ils sont en réalité deux) est destinataire du document. Pour savoir qui sont les personnes en cause voir ici le document fourni par l’association Jean-Louis Mégnien en avril dernier, document purement factuel qui n’a été contesté par personne. Continuer la lecture