Le cas exemplaire du Dr P.

Chers collègues,

Le Dr P. est chirurgien dans une région française du nord de la Loire. En proie à l’hostilité de certains confrères et de la hiérarchie administrative, il a dû faire face pendant plusieurs années à la calomnie et aux tentatives d’éviction. Résistant avec un grand courage et une solidité remarquable à tous ces agissements, il a intenté et gagné onze procès entre 2009 et 2014, neuf dans l’ordre administratif, deux dans l’ordre pénal, faisant condamner pour harcèlement moral le directeur du centre hospitalier où il travaille. C’est un exemple instructif des dérives et de l’arbitraire que connaît trop souvent notre système hospitalier, dont les règles de fonctionnement sont mal adaptées à ce type de situation. Les onze jugements rendus au nom du Peuple français nous montrent comment s’est déroulée cette affaire.

Cours administratives

  1. Jugement du 30 décembre 2009 (tribunal administratif)

Le Dr P. contestait la décision du directeur du centre hospitalier intercommunal de lui avoir retiré son poste de chirurgien sur le site d’E. pour l’affecter sur le site de V. et demandait sa réintégration. Continuer la lecture

Harcèlement

Chers collègues,

La souffrance au travail fait l’objet de nombreuses recherches et d’une attention croissante à cause des drames qu’elle provoque et de la dégradation du travail qu’elle entraîne à la fois pour ceux qui l’effectuent et pour ceux qui devraient en être les bénéficiaires, à l’hôpital les soignants et les malades. Cette maltraitance se développe sur une grande échelle mais les dirigeants adoptent la politique de l’autruche face aux difficultés psychiques de leurs salariés, ou font illusion en mettant en œuvre des plans de prévention cosmétiques sans prise sur le réel.

C’est un phénomène qui prend de l’ampleur pour des raisons structurelles (Dominique Méda a présenté de façon synthétique les problématiques actuelles du travail ici). Les nouvelles formes d’organisation, le management par objectifs ou l’organisation par projet, les injonctions paradoxales (réduction des effectifs et exigences de plus en plus élevées), l’accent mis sur la rentabilité immédiate, la quantophrénie galopante sous la forme de reporting inutile et trompeur, la pensée PowerPoint, la gestion bureaucratique des « planneurs »  en sont des causes bien connues. Continuer la lecture

Examen de passage

Chers collègues,

2015 s’éloigne, 2016 commence. Examen de passage en surfant sur le net.

1er décembre 2015 : Science Europe publie un rapport sur l’intégrité scientifique (voir ici l’analyse de Hervé Maisonneuve).

2 décembre : un excellent article de Charlotte J. Haug dans le NEJM sur la prise en charge des victimes des attentats du 13 novembre à Paris (voir ici).

4 décembre : les vapoteurs interpellent Marisol Touraine (voir ici).

5 décembre : The Economist rend compte d’un sommet international consacré aux implications éthiques des progrès considérables accomplis dans les possibilités de modification du génome grâce au système CRISPR-Cas9 (voir ici).

7 décembre : les faiblesses de la revue par les pairs avant publication décrites par le site Vox.

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Le visage de la France

Chers collègues,

Le 13 novembre 2015, Paris a été attaqué par trois groupes de psychopathes fanatisés se réclamant de l’état islamique. Semant la terreur, ils ont abattu avec une rage sanguinaire cent trente personnes dans différents lieux de la capitale, surtout au Bataclan, théâtre de scènes indicibles.

Les équipes soignantes se sont immédiatement mobilisées et organisées pour accueillir et traiter les centaines de personnes touchées par ces attentats. Tous les blessés ont été pris en charge avec une efficacité et un professionnalisme unanimement salués. Cela a été possible en raison de la remarquable coordination et de l’excellente préparation des services de secours et d’urgence civils et militaires, mais aussi grâce à la réaction spontanée des personnels hospitaliers venus en nombre prêter main forte à leurs collègues déjà en poste. Dans ces circonstances exceptionnelles, l’hôpital public s’est montré une fois de plus digne de la confiance que lui accordent nos concitoyens.

Le 19 décembre 1964, à l’occasion du transfert des cendres de Jean Moulin au Panthéon, André Malraux terminait son mémorable discours en faisant allusion au Chant des partisans qui allait s’élever dans un murmure envoûtant : « Ecoute aujourd’hui, jeunesse de France, ce qui fut pour nous le chant du malheur. C’est la marche funèbre des cendres que voici. A côté de celles de Carnot avec les soldats de l’an II, de celles de Victor Hugo avec Les Misérables, de celle de Jaurès veillées par la justice, qu’elles reposent avec leur long cortège d’ombres défigurées. Aujourd’hui, jeunesse, puisses-tu penser à cet homme comme tu aurais approché tes mains de sa pauvre face informe du dernier jour, de ses lèvres qui n’avaient pas parlé. Ce jour-là, elle était le visage de la France. » Le 13 novembre, de nouveaux martyrs de la barbarie ont rejoint le long cortège d’ombres défigurées dont parlait André Malraux. Lors de l’hommage national qui leur a été rendu, un nouveau chant du malheur s’est élevé lorsque leur nom et leur âge ont été longuement psalmodiés. En conclusion de son discours, le président de la République a repris les mots de l’écrivain, disant que ces hommes et ces femmes tombés tragiquement étaient eux aussi « le visage de la France ».

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La fatigue d’être hors de soi

Chers collègues,

Les mois de septembre et d’octobre ont été riches en événements, polémiques et rebondissements.

Le mois de septembre a été marqué par la parution du livre du Pr Even, ancien doyen de la faculté Necker et ancien directeur, devenu conseiller, de l’Institut Necker, sur les liens d’intérêts entre industrie pharmaceutique et universitaires (voir par exemple ici le compte rendu du Figaro). Les critiques violentes de notre collègue Ph. Even lui sont revenues en plein visage (voir ici pour ses liens d’intérêts non déclarés et pour l’affaire de la ciclosporine). Et pourtant, le sujet des conflits et des liens d’intérêts mérite une réflexion approfondie. « Tout homme a un prix pour lequel il se vend », écrivait Kant. Il est contraire aux exigences de la liberté académique de voir certains aliéner leur plume et leur salive à des intérêts commerciaux, quitter la blouse blanche pour les pancartes plus ou moins visibles de l’homme sandwich. Inversement, la recherche scientifique et les progrès de la médecine – il y en a eu beaucoup – ne peuvent s’accomplir sans une coopération entre les milieux académiques et l’industrie.

Pour le reste, feuilletons l’éphéméride. Continuer la lecture

Journal de bord, juillet-août 2015

Chers collègues,

Voici le journal de bord tenu ces deux mois d’été.

1er juillet : la Los Angeles Review of Books  retrace l’histoire de ce qui fut initialement un médicament, le LSD.

1er juillet : un chercheur ayant truqué ses résultats est condamné à près de cinq ans de prison et à rembourser 7 M$. Cela se passe aux Etats-Unis (voir ici).

2 juillet : Ted J. Kaptchuk et Franklin G. Miller nous rappellent dans le NEJM que l’effet placebo n’est pas l’effet zéro. Dans le même numéro, Eric S. Lander définit les nouveaux enjeux médicaux maintenant que l’on peut non plus seulement lire le génome, mais le réécrire avec une grande facilité.

4 juillet : the Guardian analyse le dernier livre de Richard H. Thaler, un des créateurs de l’économie comportementale et auteur du célèbre Nudge. Ili a fait faire un bond en avant conceptuel aux économistes en considérant, contrairement aux théories dites classiques, que l’Homme n’était pas un agent rationnel. Continuer la lecture

A leur tour, les médecins hospitaliers des Hospices civils de Lyon disent non aux restrictions budgétaires

Chers collègues,

La Commission médicale d’établissement de Marseille avait voté contre le plan de retour à l’équilibre présenté par la direction du CHU phocéen en mars dernier. Début juin, la CME de l’Assistance publique – hôpitaux de Paris avait voté contre le projet global de financement pluriannuel proposé par l’administration. A son tour, le 29 juin,  les membres de la CME des Hospices civils de Lyon ont rejeté massivement l’état prévisionnel des recettes et des dépenses 2015, qui comprenait un niveau d’économies insupportable, avant de mettre un terme à la séance de la CME sans examiner les autres points à l’ordre du jour.

Les trois plus grands CHU de France font la même analyse : les restrictions budgétaires imposées à leurs établissements empêchent ceux-ci d’exercer leurs missions. Plusieurs autres CME ont envoyé un message identique.

Il faut être aveugle pour ne pas voir que les restrictions budgétaires appliquées aux hôpitaux, qui ont été aggravées récemment par la demande d’un effort supplémentaire de 3 milliards d’euros d’ici 2019, rendent problématique leur retour à l’équilibre budgétaire, limitent leur capacité à répondre aux besoins de la population et réduisent leurs investissements, condition pourtant de leur adaptation à la médecine de demain.

Préoccupés avant tout de comptabilité à court terme, les pouvoirs publics portent une lourde responsabilité dans l’inexorable dégradation du tissu hospitalier français, dont la qualité était pourtant reconnue au niveau international.

Les médecins hospitaliers ne cessent d’alerter l’opinion publique sur les dangers que la politique de santé des gouvernements successifs fait courir à notre système de soins, et dénoncent l’obstination des décideurs à prôner des solutions qui ont échoué. Nos propres propositions mériteraient au moins d’être discutées (pour en prendre connaissance et les soutenir, c’est ici). Elles ont pour elles une rationalité que l’on cherche en vain dans celles qui sont aujourd’hui en œuvre. Elles nécessitent un courage et une lucidité politiques que l’on cherche non moins en vain chez ceux qui nous gouvernent.

Nos collègues lyonnais ont demandé à être reçus par le cabinet de la ministre de la santé. Ils seront sans doute reçus, et après ?

Amitiés et bon courage.

Quand Gérard Vincent dit pouvoir signer le dernier texte du MDHP

Chers collègues,

Aux Etats-Unis, la formation par compagnonnage des jeunes médecins a subi la même évolution qu’en France (voir ici l’article de la New York Review of Books : règlementation limitant la durée du travail et mettant en péril la continuité des soins, pression financière et surcharge de travail, épuisement professionnel et souffrance au travail, dictature des procédures, manque de temps pour approfondir l’expérience clinique, débauche d’examens complémentaires inutiles et coûteux, dévalorisation des fonctions d’enseignement dans les carrières… Continuer la lecture

Un appel entendu

Chers collègues,

Notre appel pour sortir l’hôpital public de la crise remporte un grand succès, plus de 550 signatures déjà, de toute la France. Signez-le et diffusez-le le plus largement possible. Tout le monde peut signer. Les signatures sont désormais recueillies directement sur le site du Mouvement de défense de l’hôpital public.

Après les différents pactes, missions, comités, conférences et groupes de travail mis en place par le ministère des affaires sociales, de la santé et des droits des femmes, fausse concertation d’où il n’est pas sorti de réformes très utiles, voici que le Premier ministre lance à son tour une « Grande Conférence de Santé ». Vous trouverez ici la lettre de mission adressée au Pr Lionel Collet, conseiller d’Etat, chargé avec Mme Anne-Marie Brocas, présidente du Haut conseil pour l’avenir de l’assurance-maladie (HCAAM), de mener à bien cette entreprise, et en annexe la composition du groupe de réflexion.

Amitiés et bon courage.