La lettre du chef de l’Igas sur l’affaire Jean-Louis Mégnien

Chers collègues,

La lettre du chef de L’Inspection générale des affaires sociales accessible ici explique les vraies raisons de la non-publication du rapport sur le suicide de J.-L. Mégnien, comme le communiqué de l’association Jean-Louis Mégnien du 17 septembre 2016 l’affirmait (voir communiqué ci-dessous). Pierre Boissier cite l’article L311-6 du code des relations entre le public et l’administration pour se justifier.

Le chef de l’Igas écrit à la ministre des affaires sociales et de la santé que ce rapport met en cause les « instances hospitalo-universitaires qui ont gérés le conflit » et détecte des « lacunes ». Il précise que « les lacunes relevées par la mission la conduisent à porter des critiques sur le comportement professionnel et personnel d’un grand nombre de personnes et à émettre à leurs propos des jugements de valeur dont la révélation publique serait de nature à leur porter préjudice » (c’est moi qui souligne). Il précise que le magistrat instructeur (ils sont en réalité deux) est destinataire du document. Pour savoir qui sont les personnes en cause voir ici le document fourni par l’association Jean-Louis Mégnien en avril dernier, document purement factuel qui n’a été contesté par personne. Continuer la lecture

La Qualité, mon œil !

Chers collègues,

Je dédie ce post aux membres du collège de la Haute Autorité de santé

 « Vous pensez que la Démarche Qualité de votre entreprise ou de votre administration est une vaste fumisterie ? Vous êtes artisan et vous doutez de l’intérêt réel des innombrables normes, directives et autres règles de sécurité qui vous sont imposées au nom de la “Qualité” ? Vous avez peut-être raison. » (p. 8) C’est ainsi que le Dr Dominique Dupagne, créateur notamment du site médical atoute.org, présente le thème de son récent et excellent livre, Qualité mon Q ! Il avait déjà abordé ce sujet dans son ouvrage précédent La Revanche du rameur. Il a décidé de l’approfondir.

Notre confrère précise : « L’un des premiers tours de passe-passe des apôtres de la Démarche Qualité a été de faire disparaître les adjectifs qui l’accompagnaient. Il n’y a plus de bonne ou de mauvaise qualité. La Qualité avec un grand Q est TOUJOURS bonne. » (p. 10) Fondée sur l’appréciation de la bonne qualité du résultat final, la qualité s’est petit à petit appliquée aux processus de fabrication et à la sécurité au point d’en perdre de vue l’objectif initial : « La Qualité désignait initialement l’ensemble des caractéristiques d’un produit fini. Elle concerne désormais les modes d’organisation censés rendre un produit ou un service conformes à une norme de fabrication ou à un standard. Ce changement de sens est loin d’être anodin. » (p. 12) Continuer la lecture

Abécédaire de printemps

Chers collègues,

Quelques pages susceptibles de vous intéresser.

A

Anorexie

Le nouveau maire de Londres bannit des transports publics londoniens les publicités incitant à la maigreur et cherche à sensibiliser les annonceurs pour généraliser ce bannissement (voir ici).

Avantages

Voici ce que nous apprend une dépêche de l’agence médicale de presse datée du 16 juin 2016 :

« Les projets de texte (décrets et arrêtés) permettant de revaloriser les emplois fonctionnels de directeur d’hôpital (DH) ont été présentés mercredi au Conseil supérieur de la fonction publique hospitalière (CSFPH), a annoncé le Syncass-CFDT, dans un communiqué le même jour. Cette réforme, déjà menée à l’Etat, a nécessité un accord interministériel qui a tardé », rappelle le syndicat qui précise que des mesures ont reçu un arbitrage « positif ». Ainsi, comme dans la fonction publique d’Etat, les carrières se voient « revalorisées », avec l’ajout d’un échelon supplémentaire. L’emploi de secrétaire général de l’Assistance publique-hôpitaux de Paris (AP-HP), qui se voit renommer en directeur général adjoint, « ira jusqu’en hors échelle E ». [On appréciera le caractère révolutionnaire de ce changement de terminologie, demandé sans doute pour que ce poste prestigieux revienne à un « directeur » plutôt qu’à un énarque, comme c’est le cas aujourd’hui !] Les autres emplois de groupe 1 iront en « hors échelle D ». Les emplois de groupe 2 iront en « hors échelle C » et tous les emplois de groupe 3 iront « jusqu’en hors échelle B bis ». »

L’article ne dit pas combien cette « revalorisation » va coûter aux hôpitaux. Continuer la lecture

Le cas exemplaire du Dr P.

Chers collègues,

Le Dr P. est chirurgien dans une région française du nord de la Loire. En proie à l’hostilité de certains confrères et de la hiérarchie administrative, il a dû faire face pendant plusieurs années à la calomnie et aux tentatives d’éviction. Résistant avec un grand courage et une solidité remarquable à tous ces agissements, il a intenté et gagné onze procès entre 2009 et 2014, neuf dans l’ordre administratif, deux dans l’ordre pénal, faisant condamner pour harcèlement moral le directeur du centre hospitalier où il travaille. C’est un exemple instructif des dérives et de l’arbitraire que connaît trop souvent notre système hospitalier, dont les règles de fonctionnement sont mal adaptées à ce type de situation. Les onze jugements rendus au nom du Peuple français nous montrent comment s’est déroulée cette affaire.

Cours administratives

  1. Jugement du 30 décembre 2009 (tribunal administratif)

Le Dr P. contestait la décision du directeur du centre hospitalier intercommunal de lui avoir retiré son poste de chirurgien sur le site d’E. pour l’affecter sur le site de V. et demandait sa réintégration. Continuer la lecture

Harcèlement

Chers collègues,

La souffrance au travail fait l’objet de nombreuses recherches et d’une attention croissante à cause des drames qu’elle provoque et de la dégradation du travail qu’elle entraîne à la fois pour ceux qui l’effectuent et pour ceux qui devraient en être les bénéficiaires, à l’hôpital les soignants et les malades. Cette maltraitance se développe sur une grande échelle mais les dirigeants adoptent la politique de l’autruche face aux difficultés psychiques de leurs salariés, ou font illusion en mettant en œuvre des plans de prévention cosmétiques sans prise sur le réel.

C’est un phénomène qui prend de l’ampleur pour des raisons structurelles (Dominique Méda a présenté de façon synthétique les problématiques actuelles du travail ici). Les nouvelles formes d’organisation, le management par objectifs ou l’organisation par projet, les injonctions paradoxales (réduction des effectifs et exigences de plus en plus élevées), l’accent mis sur la rentabilité immédiate, la quantophrénie galopante sous la forme de reporting inutile et trompeur, la pensée PowerPoint, la gestion bureaucratique des « planneurs »  en sont des causes bien connues. Continuer la lecture

Examen de passage

Chers collègues,

2015 s’éloigne, 2016 commence. Examen de passage en surfant sur le net.

1er décembre 2015 : Science Europe publie un rapport sur l’intégrité scientifique (voir ici l’analyse de Hervé Maisonneuve).

2 décembre : un excellent article de Charlotte J. Haug dans le NEJM sur la prise en charge des victimes des attentats du 13 novembre à Paris (voir ici).

4 décembre : les vapoteurs interpellent Marisol Touraine (voir ici).

5 décembre : The Economist rend compte d’un sommet international consacré aux implications éthiques des progrès considérables accomplis dans les possibilités de modification du génome grâce au système CRISPR-Cas9 (voir ici).

7 décembre : les faiblesses de la revue par les pairs avant publication décrites par le site Vox.

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Le visage de la France

Chers collègues,

Le 13 novembre 2015, Paris a été attaqué par trois groupes de psychopathes fanatisés se réclamant de l’état islamique. Semant la terreur, ils ont abattu avec une rage sanguinaire cent trente personnes dans différents lieux de la capitale, surtout au Bataclan, théâtre de scènes indicibles.

Les équipes soignantes se sont immédiatement mobilisées et organisées pour accueillir et traiter les centaines de personnes touchées par ces attentats. Tous les blessés ont été pris en charge avec une efficacité et un professionnalisme unanimement salués. Cela a été possible en raison de la remarquable coordination et de l’excellente préparation des services de secours et d’urgence civils et militaires, mais aussi grâce à la réaction spontanée des personnels hospitaliers venus en nombre prêter main forte à leurs collègues déjà en poste. Dans ces circonstances exceptionnelles, l’hôpital public s’est montré une fois de plus digne de la confiance que lui accordent nos concitoyens.

Le 19 décembre 1964, à l’occasion du transfert des cendres de Jean Moulin au Panthéon, André Malraux terminait son mémorable discours en faisant allusion au Chant des partisans qui allait s’élever dans un murmure envoûtant : « Ecoute aujourd’hui, jeunesse de France, ce qui fut pour nous le chant du malheur. C’est la marche funèbre des cendres que voici. A côté de celles de Carnot avec les soldats de l’an II, de celles de Victor Hugo avec Les Misérables, de celle de Jaurès veillées par la justice, qu’elles reposent avec leur long cortège d’ombres défigurées. Aujourd’hui, jeunesse, puisses-tu penser à cet homme comme tu aurais approché tes mains de sa pauvre face informe du dernier jour, de ses lèvres qui n’avaient pas parlé. Ce jour-là, elle était le visage de la France. » Le 13 novembre, de nouveaux martyrs de la barbarie ont rejoint le long cortège d’ombres défigurées dont parlait André Malraux. Lors de l’hommage national qui leur a été rendu, un nouveau chant du malheur s’est élevé lorsque leur nom et leur âge ont été longuement psalmodiés. En conclusion de son discours, le président de la République a repris les mots de l’écrivain, disant que ces hommes et ces femmes tombés tragiquement étaient eux aussi « le visage de la France ».

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La fatigue d’être hors de soi

Chers collègues,

Les mois de septembre et d’octobre ont été riches en événements, polémiques et rebondissements.

Le mois de septembre a été marqué par la parution du livre du Pr Even, ancien doyen de la faculté Necker et ancien directeur, devenu conseiller, de l’Institut Necker, sur les liens d’intérêts entre industrie pharmaceutique et universitaires (voir par exemple ici le compte rendu du Figaro). Les critiques violentes de notre collègue Ph. Even lui sont revenues en plein visage (voir ici pour ses liens d’intérêts non déclarés et pour l’affaire de la ciclosporine). Et pourtant, le sujet des conflits et des liens d’intérêts mérite une réflexion approfondie. « Tout homme a un prix pour lequel il se vend », écrivait Kant. Il est contraire aux exigences de la liberté académique de voir certains aliéner leur plume et leur salive à des intérêts commerciaux, quitter la blouse blanche pour les pancartes plus ou moins visibles de l’homme sandwich. Inversement, la recherche scientifique et les progrès de la médecine – il y en a eu beaucoup – ne peuvent s’accomplir sans une coopération entre les milieux académiques et l’industrie.

Pour le reste, feuilletons l’éphéméride. Continuer la lecture

Journal de bord, juillet-août 2015

Chers collègues,

Voici le journal de bord tenu ces deux mois d’été.

1er juillet : la Los Angeles Review of Books  retrace l’histoire de ce qui fut initialement un médicament, le LSD.

1er juillet : un chercheur ayant truqué ses résultats est condamné à près de cinq ans de prison et à rembourser 7 M$. Cela se passe aux Etats-Unis (voir ici).

2 juillet : Ted J. Kaptchuk et Franklin G. Miller nous rappellent dans le NEJM que l’effet placebo n’est pas l’effet zéro. Dans le même numéro, Eric S. Lander définit les nouveaux enjeux médicaux maintenant que l’on peut non plus seulement lire le génome, mais le réécrire avec une grande facilité.

4 juillet : the Guardian analyse le dernier livre de Richard H. Thaler, un des créateurs de l’économie comportementale et auteur du célèbre Nudge. Ili a fait faire un bond en avant conceptuel aux économistes en considérant, contrairement aux théories dites classiques, que l’Homme n’était pas un agent rationnel. Continuer la lecture